Nouvelle France
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Notes de cours
La noblesse
I. La condition nobiliaire :
la noblesse constitue le 2nd ordre de la société, et pourtant ce n’est pas un groupe bien défini.
A. Une définition floue :
Le nombre : on a quelques approximations: environ 30 000 familles sont nobles pendant les guerres de religion.
En nombre d’individus, se pose le problème du coefficient multiplicateur, mais cela constituerait environ 180 000 personnes; sur environ 18 millions de français. La noblesse forme donc 1% de la population.
La proportion de nobles est très variable selon les régions. Les chiffres sont très approximatifs, du fait d’une absence de sources : il n’y a pas de recensements. Il y a aussi une frontière très difficile à cerner entre nobles et non nobles; surtout en bas de la catégorie. Selon A. Jouanna, la frontière est une sorte de zone de démarcation, floue et perméable.
Ce qui définit un noble au XVIème siècle, c’est essentiellement un mode de vie : les nobles vivent de leur revenus (ne travaillent pas), et ils vivent sur leurs terres : à la campagne.
Importance de l’estime sociale : il faut être reconnu comme noble par tous ses interlocuteurs. Cette reconnaissance sociale est cruciale.
Pour prouver la noblesse, il faut fournir un témoin qui assure que le père et le grand-père de l’homme en question vivaient noblement : 3 générations de noblesse, ou la possession immémoriale de la noblesse.
Ce système de preuve par un témoin change au XVIIème, avec Colbert, qui exige des "papiers", preuves écrites de la noblesse. Au XVIème siècle, les nobles n’ont pas ces "papiers".
Pendant tout le XVIème siècle, il est assez facile d’entrer dans la noblesse, ordre qui se renouvelle régulièrement.
Ex: Agrippa d’Aubigné (1552-1630), capitaine huguenot et historien. C’est le petit-fils d’un cordonnier de Loudun, son père était juge de la seigneurie de Pons. Agrippa s’est fait passer pour un gentilhomme, et ses enfants après lui. Sa petite fille, Mme de Maintenon pensait qu’elle descendait d’une lignée de noblesse très ancienne. Elle cherche des preuves et découvre la vérité. Cette famille est l’exemple d’un processus d’accession à la noblesse.
Le phénomène de renouvellement de la noblesse explique la difficulté des historiens à situer ce groupe. L’historien regarde l’avant-nom pour situer la personne dans la hiérarchie, mais au XVIème siècle, cela ne signifie rien : au XVIème siècle, la noblesse est une identité sociale plus que juridique (et le reste jusqu’à Colbert).
B. La diversité nobiliaire :
* Leurs professions :
Les nobles sont avant tout des militaires. Dans le 2nde moitié du XVIème siècle, 20% des nobles font carrière dans les armes. Cependant, ils ne sont pas militaires toute leur vie.
Ex : Blaise de Monluc, pour lui, la guerre était consubstantielle.
Un pourcentage bien plus grand de nobles a participé ponctuellement à des expéditions militaires, comme Montaigne.
La seconde profession des nobles est la robe : les métiers juridiques, cela concerne 5% ce qui est peu. C’est le début de la noblesse de robe.
Les 75% de la noblesse restante sont des gentilshommes campagnards. A cette époque, les nobles possèdent 80% des seigneuries, dont les plus importantes : les marquisats, les duchés... .
Au XVIIème siècle, les militaires ne représentent plus que 5% de la noblesse : l’armée devient une profession qui n’a plus qu’un rapport marginal avec la noblesse. Les nobles ne forment plus que les corps d’officiers, et cela devient leur métier à plein temps.
60% des nobles sont alors des nobles de robe, c’est le phénomène essentiel de changement de la noblesse.
Les campagnards ne sont alors plus que 35%.
Au XVIIème siècle, la noblesse va en ville où elle se construit des hôtels : la noblesse campagnarde est dévalorisée.
*Leurs choix religieux :
Quelle part de la noblesse est devenue protestante? Une partie importante, mais très très minoritaire, car c’est variable en fonction des régions.
Les chiffres vont de 13% dans le Limousin, jusqu’à plus de 40% en Saintonge ou en Basse-Normandie.
L’aspect minoritaire est à relativiser, car souvent ce sont les plus importants qui sont passés au protestantisme : la noblesse titrée, les cadres de l’armée... : ils sont minoritaires mais importants.
Ex : le comte de La Rochefoucault, beau-frère de Condé.
La répartition territoriale de la noblesse protestante n’est pas égale, par exemple en Limousin, ils se regroupent dans 14 paroisses. En Poitou, densité remarquable des nobles protestants à Exoudun et à Niort.
Ce sont des îlots de protestantisme. Se forment des petites zones où le protestantisme peut être majoritaire.
Cette diversité peut se retrouver à l’intérieur des familles : souvent une branche reste catholique.
B. La hiérarchie nobiliaire :
* Les conditions économiques :
Les nobles ne se sont pas appauvris pendant les guerres de religion, au contraire.
Le XVIèms siècle est marqué par une forte inflation, en particulier du prix du blé, ce qui est favorable aux propriétaires. Du coup, les revenus de la noblesse augmentent ; phénomène qui s’inverse au XVIème siècle, avec une stagnation des prix.
Dans les zones de conflit cependant, récoltes et châteaux sont ruinés. Montaigne a vu ses propriétés dévastées au temps de la Ligue, même s’il s’en est remis.
Peu de familles nobles ont été définitivement ruinées par la guerre.
Parfois, la guerre permettait même des profits : les gentilhommes se faisaient prisonniers, il y avait donc des rançons. Il y avait parfois même des pillages, auxquels, en principe, les nobles ne participaient pas.
La noblesse prélevait aussi des impôts à la place du roi, et les gardait, comme dans le Midi protestant.
Enfin, les guerres sont propices au trafic. Sully, par exemple, entre deux guerres, faisait le commerce de chevaux, entre la France et l’Allemagne. Cela lui rapportait beaucoup. De plus, il gérait ses domaînes. Il a aussi récupéré une grosse somme d’argent lors de la prise de Cahors.
Globalement, la noblesse n’est pas sortie ruinée des guerres de religion.
* La hiérarchie interne :
En haut de la noblesse, on trouve les Grands, aux grands lignages.
Parmi eux, on retrouve les princes du sang royal : Les Bourbons.
Cette famille se divise en 3 branches: Navarre / Condé (protestants) / Montpensier (catholiques). L’un des Condé, Conti, était catholique.
Sous les princes du sang, viennent les princes "étrangers" : - les Guise, d’origine Lorraine. La Lorraine était un état indépendant, rattaché au Saint-Empire. La branche cadette des Guise est française. Les Guise sont catholiques.
- les Savoie-Nemours, sont une branche cadette de celle des ducs régnant en Lorraine.
Vient ensuite la Haute Aristocratie : les ducs et quelques lignages très important dont les Montmorency. Anne de Montmorency (c’est un homme) était connétable, il avait 5 fils, 4 gendres dont le duc de la Trémöille (duc de Thouars) et lieutenant général du Poitou. Anne avait aussi 3 neveux. Cette famille est très partagée religieusement : les neveux sont protestants.
Au début de la période, les Guise et les Montmorency sont importants. Ils ont en commun un grand prestige militaire, une clientèle importante : Pour Guise le Nord-Est : il était gouverneur de la Champagne, de Picardie et d’Ile-de-France. La clientèle des Montmorency vient du Sud-Est essentiellement.
Des charges importantes reviennent à ces lignages qui sont grands officiers de la couronne :connétable (Anne de Montmorency), amiral de France (Coligny). Ils ont en moyenne un revenu annuel de 100 000 livres, ce qui est considérable.
Anne de Montmorency a une fortune considérable : 150 000 livres par an du revenu de ses terres, 50 000 livres de charge, et il avait 7 châteaux et 3 hôtels particuliers à Paris.
Le cardinal Charles de Lorraine, un Guise, le dépassait en fortune, avec 350 000 livres de revenu. La famille de Lorraine était très riche : quand le duc de Mayenne se marie c’est avec une fille de Savoie, qui lui rapporte, en 1576, une dot de 1 275 000 livres.
Si les revenus sont énormes, les dépenses sont aussi considérables. Le mode de vie à la Cour était très coûteux car ostentatoire : vêtements, bijoux, fêtes, châteaux. Ils dépensaient aussi beaucoup d’argent dans l’exercice de leurs fonctions, et ensuite le roi compensait en leur faisant des dons.
Viennent ensuite dans la hiérarchie les grandes familles provinciales, au-dessous de tous ces grands.Il s’agit de la noblesse titrée, à laquelle appartient La Rochefoucauld. En moyenne, leur revenu s’élève à 25 000 livres.
En-dessous, se trouve la petite ou moyenne noblesse, de province. Les revenus de la noblesse moyenne s’élèvent à environ 3 000 livres et pour la petite noblesse 200 livres. C’est la limite inférieure de la noblesse, à laquelle appartient la sire de Gouberville, dans le Cotentin : prototype de cette petite noblesse, il avait un petit office à Cherbourg et des terres.
A titre de comparaison, en France, un journalier gaganait à l’époque 1 sous par jour, pendant environ 265 jours par ans, soit 265 sous par an, ce qui correspond à environ 13 livres par an.
Eventail économique extrêmement ouvert.
II. Les valeurs nobiliaires :
A. Les idées :
Ils partagent tous la certitude que la noblesse est synonyme de vertu ; surtout au début de la période.
Les nobles partagent des valeurs morales, censées être héréditaires, si bien que la qualité d’un noble dépend de celle de sa lignée ou "race".
Ces qualités consistent avant tout en qualités militaires, comme la bravoure, très importante pour la noblesse.La guerre n’est pas une fonction, c’est un art de vivre, même Montagine reconnaît qu’il n’y a pas de plus grand plaisir que celui de la guerre.
La preuve de la vaillance, de la bravoure des nobles, c’est les blessures, qu’ils arborent comme décorations, comme le duc de Guise dit "le balafré". De même dans le camps huguenot, La Noue qui avait perdu son bras était surnommé "Bras de Fer".
Le plus glorieux était de mourir au combat.
En temps de paix, les loisirs ressemblent à la guerre, avec les tournois, dans l’un desquels meurt Henri II.
Dans le comportement privé existent les rituels de défis : duels jusque dans l’entourage du roi. Les rois, jusqu’au XVIIème siècle, ne vont pas désapprouver le duel (jusqu’en 1602). Le duel permet aux opposants de s’unir dans les mêmes valeurs, en particulier l’importance de l’honneur.
L’honneur consiste à agir en fonction du rituel nobiliaire. Il s’agit de relever des défis, très nombreux et importants.
Ex: pendant la rivalité qui oppose Condé et Guise, Guise accuse Condé, et celui-ci, pour répliquer, le provoque en duel: il défie en duel quiconque l’accuserait.
Importance de "l’amitié" : échanges réciproques sur un plan d’égalité (par opposition à la clientèle). Concept important pour l’époque. Crédit qui permet de rassembler des fidèles, des obligés autour de roi. Redistribution des récompenses.
Au niveau national, les Grands avaient 3 sortes de clientèles : les gens qui appartiennent à leur maison : les pages (jeunes hommes qui venaient achever leur éducation); les clientèles militaires : les compagnies portaient un uniforme aux couleurs de leur capitaine; les clientèles politiques : tout ceux qui devaient leur charge au noble qui intercédait auprès du roi. Tout ces fidèles appartiennent à leur maître (sens positif).
B. Le comportement politique :
* La "noblesse seconde" :
Concept élaboré en 1986 par J.-M Constant et qui désigne les relais du souverain dans les provinces. Ils appartiennent à la noblesse moyenne des provinces, mais assez puissante pour avoir une clientèle. Ce groupe est soit au service du roi, comme les lieutenants généraux, soit au service des Grands. Dans les deux cas, ils sont le relais du pouvoir central dans les provinces. Le roi entretient des rapports directs avec cette noblesse seconde : il leur donne des charges militaires ou à la maison roi; et aussi des gratifications symboliques, en particulier 2 ordres royaux : celui de Saint Michel, créé par Louis XI, dévalorisé à partir des années 1560; Henri III créé alors l’ordre du Saint Esprit, en 1578, qui reste rare, et donc recherché. De plus, ce dernier ordre ne pouvait être donné qu’à des catholiques, il s’agissait pour Henri III de se créer un groupe de fidèles.
* Les mécontents :
Le Conseil du roi est de moins en moins composé de nobles et de plus en plus d’hommes de robe, car la noblesse a été écartée de toutes les charges de justice, n’ayant pas fait d’études de droit.
Le recul de la noblesse est limité : elle garde un poids considérable en province, et même à la capitale où sont présents leurs fidèles, comme relais.
Exemple de mécontent : Turaine, en 1575 il avait participé à la guerre civile en aidant d’Alençon. Après la victoire, il avait demandé le poste de gouverneur d’Anjou, mais le frère du roi lui refuse. Il est mécontent, mais aussi toute sa clientèle, qui aurait profité de la redistribution.
Du coup, il va voir le frère du roi : d’Alençon, et avec 300 personnes, va se déclarer mécontent. Proclamation spectaculaire.
Ainsi certains seigneurs quittent la Cour de façon spectaculaire, dans de véritables "ballets", pendant toutes les guerres.
Prise de note du cours
LES SOURCES JUDICIAIRES
C’est l’ensemble des documents qui se rapportent à la justice, qui traitent du rythme d’activité des tribunaux, des infractions.
Les sources juridiques ne sont pas toutes en accès libre: ouverture 100 ans après la date de l’acte d’accusation ou de la clôture du dossier. Les dossiers de personnels demandent 120 ans. Une expertise s’ouvre après 150 ans.
Les sources judiciaires ont été relativement peu utilisées par les historiens contemporains.
- La revue Les Annales de Normandie a promus la recherche judiciaire, surtout pour les modernistes (Pierre Chenu)
- Arlette Farge, Le goût des Archives
- Louis Chevalier Classes laborieuses et classes dangereuses 1958, professeur au collège de France qui est le premier à s’intéresser au crime. Sa thèse: il existe une pathologie urbaine qui est le crime. Il a utilisé des sources littéraires des écrivains du XIX°.
- des travaux sur la prison sont publiés en 1975. Pierre Deyon se questionne sur les conditions d’incarcération. Michel Foucault (philosophe) publie en 1975 Surveiller et punir sur le régicide de Damiens. Il parle de comment est né le système pénal. Pour lui, la prison est le reflet d’une société. Il parle du châtiment spectacle, sous l’Ancien Régime on y va en famille, le pouvoir y montre sa force. Maintenant, la prison est moins sensationnelle car plus cachée. Passage d’un système de punition à un autre.
LA PRODUCTION DES SOURCES
A- le fonctionnement de la justice
Le système juridictionnel
La justice actuelle est née de la Révolution française et du Premier Empire. Désormais, il y a une seule règle pour tous quelque soit le niveau social.
En 1958, grande réforme de la Justice (du à la naissance de la V° République): création des Tribunaux de Grandes Instances (TGI).
JURICTION: ensemble de tribunaux d’une même catégorie. C’est un espace où elle a des compétences, ou elle peut s’exercer.
On distingue deux types de juridictions:
- ordre judiciaire
- ordre administratif (conseil d’État, la cour des Comptes)
Le système des tribunaux
Il est extrêmement hiérarchique et cloisonné en France. Au début du XIX°:
- justice civile: pour les particuliers
- justice pénale: pour ceux qui mettent en péril la société, la menace, l’État alors intervient par l’intermédiaire du ministère public: les MAGISTRATS. Ce sont les magistrats du parquet, ou encore la magistrature debout (du à la disposition d’une salle d’audience durant la Révolution).
Le magistrat du siège = la magistrature assise est celle qui remet le jugement final.
A partir de l’an VIII, il un nouveau type de juridictions: la juridiction d’Instance (où l’on fait appel si le jugement ne convient pas et le procès recommence).
La division tripartite de l’infraction
Un écart à la loi est une effraction. Elle est jugée non pas par sa nature mais par sa gravité.
° La moins grave est la CONTRAVENTION, on risque des amendes et un emprisonnement de deux mois au maximum. Cela se passe dans un tribunal de simple police par canton.
° Vient le DELIT: la peine encourue va de deux mois ½ et 1 jour de prison à 5 ans maximum. C’est le tribunal correctionnel qui s’en occupe dans un arrondissement.
° La plus grave est le CRIME qui ne concerne pas forcément un assassinat. La peine encourue va de 5 ans et un jour aux travaux forcés à perpétuité (abolit en 1885) ou encore la peine de mort (jusqu’en 1981).
Les infractions ont parfois été requalifiées: avant 1832 le viol était un délit, désormais c’est un crime. En 1832, un vol passait en correctionnelle si le criminel récidivait, il passait en valeur de crime.
B- les sources imprimées
Les sources sérielles (=quantitatives)
Ce sont les sources et les infos que l’on peut dénombrer et rassemble en série. Il en existe deux grandes sources:
- le compte général de l’administration de la justice criminelle: statistiques judiciaires annuelles, de 1827 à 1974. A partir de 74, les informations sont données par la Police. Le premier volume donne des informations depuis 1825. Il y a un classement du nombre des crimes et du nombre de délits. Il y a deux enclaves: la Seine et la Corse.
- le compte général de l’administration de la justice civile, relate le rythme d’activité des tribunaux (ex: durée d’un audience d’assise ou de correctionnelle selon les départements).
Les journaux et les revues
On assiste au XIX° au développement d’une presse spécialisée. Sous la monarchie de Juillet (1830-1848), il y a deux quotidiens, fleurons de la presse judiciaire: le droit et la gazette des tribunaux. Le dernier est un quotidien qui retranscrit des procès d’assises, et des relate des comptes rendus d’audiences. Ces quotidiens influencent des romanciers tels que Flaubert (Mme Bovary), Flaubert (ses comptes sur la Normandie)…
Les sources officielles
Elles ont souvent été déconsidérées mais elles permettent de travailler sur la justice: elles contiennent des débats sur les Réformes de la Justice, des infos complémentaires sur la politique…
C- les sources manuscrites
Les sources nationales
Aux archives nationales la série BB 6II est sur l’histoire personnelle des magistrats, la série BB 18 est sur la division criminelle du ministère de la justice, la série BB 30 est un mélange de beaucoup de choses non classées, en vrac.
Les séries départementales de la justice
La série U est la série de la justice, 2U est pour la cour d’assise.
Les sources privées sont transmises à des institutions sous forme de dons.
LE TRAITEMENT DES SOURCES
A- aspect méthodologiques: entre séduction et effet de source
Le statut de l’archive judiciaire
L’archive judiciaire bénéficie d’un statut particulier: elle permet de restituer la parole à de milliers d’anonymes ex: les interrogatoires de témoins, jusqu’à 50. Ex: la défense d’un accusé on voit le niveau social, souvent ils raconte leur vie, leur souffrance pour se disculper, cela est intéressant pour les historiens.
Les pièges de la séduction
L’historien doit garder son esprit critique face aux sources, danger aussi du voyeurisme.
L’effet de source
C’est la distorsion de la réalité qui consiste à noircir exagérément une situation. L’effet de source positif ou négatif contribue à alimenter les légendes noires mais aussi les légendes dorées.
B- ce qui échappe à la justice mais aussi aux historiens
Les lacunes et les déficits
Lacune= absence partielle de source, coupe dans les séries
Déficits= inexistence de sources
Cela est du aux guerres, aux périodes troublées…(Ex: la commune de Paris) mais aussi aux erreurs d’archivage, aux pertes, à la manière de conserver les archives, aux inondations, incendies…
En contemporaine on a trop de source, on ne peut tout garder, il faut faire un tris. Ceux que l’on ne garde pas passent au pilon, suppression de document de façon officielle.
L’impossible réactualisation
Les historiens du XIX° ne travaillent que sur les archives. Les historiens du temps présent ont parfois la possibilité de vérifier leur hypothèses et de relativiser les résultats de leur travaux grâce à des enquêtes sur les personnes toujours en vie.
Ce qui échappe à la justice lors des enquêtes non nominative par exemple est nommé « chiffre noir ».
Infraction détectées, infractions jugées
L’historien ne prend en considération que ce que la justice a elle-même enregistrée. Il existe une forte déperdition face aux infractions: entre 1863 et 1873, il y a 46% de différence entre une infraction constatée et une infraction jugée., et 29% des auteurs d’infractions sont sanctionnés.
C- construire un objet historique
Déconstruire la taxinomie judiciaire
La taxinomie c’est la classification officielle des infractions. Il existe trois grands types d’atteintes:
- aux biens
- aux personnes
- à la chose publique (saccage de mairie, au XIX° le vagabondage, atteinte à un policier…)
Le plus dur est de retrouver les perceptions des contemporains. Ex, au XIX° on nomme les meurtriers des « monstres » et il y en a trois types: celui au sang froid (qui n’a pas de remords), celui au sang chaud (qui explique son fait par la colère) et celui qui est énigmatique (dont on ne comprend pas la logique).
Article essentiel: l’article 64 qui dit que l’on est coupable d’un crime seulement si on est en conscient.
.
Privilégier le témoignage
On ne s’intérresse pas à l’acte d’accusation mais aux informations contenues dans le témoignage.
LES AXES DE LA RECHERCHE
A- histoire de la criminalité et de la justice
Monographies locales
Essor de l’histoire des villages, développement de la micro-histoire. Développement de l’histoire de la criminalité dans les villes.
Le fonctionnement des institutions judiciaires
Les historiens de sciences humaines ont investi trois domaines de recherche: la carte judiciaire, travaux sur le ministère public, la prison.
La société judiciaire
Terme inventé il y a 20 ans par le juriste J. P. Royer, il englobe tout le personnel de justice: les magistrats du siège. En ce moment on s’intéresse aux greffiers.
Lire Alain Baincaud Magistrat sous le régime de Vichy.
B- histoire de la conflictuosité et des processus d’acculturation
Régulation des conflits
Trois modes de régulation des conflits:
- recours à la justice
- vengeance (liée à la réputation et à l’honneur)
- l’arrangement (compensation financière le plus souvent)
Dissidence et intégration
Les affaires judiciaires ont parfois été considérée comme des conflits de culture qui opposent la société globale aux sociétés locales.
Ex: la « guerre des demoiselles » dans les Pyrénées, opposition à l’état est au code forestier de 1827. Les révoltés sont en tenues de nuit, en bonnet et pyjamas pour ne pas qu’on les reconnaissent.
La civilisation des mœurs
Norbert Elias, sociologue du XIX°, sa thèse: il y a un assagissement de la population depuis la renaissance: il y a un polissage des mœurs.
A partir de 1829, on réglemente les coups de fusils tirés dans les mariages (souvent de balles « perdues »). Þ la justice réglemente certains comportements. Débute la notion de seuil du tolérable chez les historiens: ex, à partir du XIX° on ne supporte plus les atteintes contre les femmes et les enfants, on porte beaucoup plus plainte que les siècles qui précèdent.
C- autres approches
La vie privée
Les archives judiciaires permettent de s’intéresser à la famille, à l’éducation, aux règles de la famille et aux punitions. On s’intéresse au corps, aux distractions (ex, les « bals parquets » bals clandestins non autorisés par la police.
Relation parents/enfants. La souffrance….
Conclusion: Les sources juridiques nécessitent une grande prudence dans leur étude. Elles autorisent un renouvellement de l’Histoire en donnant la parole aux plus humbles et aux plus démunis. L’Histoire qui naît de ces archives est-elle une histoire qui peut réconcilier une histoire anthropologique et une histoire des représentation?
: Les sources juridiques nécessitent une grande prudence dans leur étude. Elles autorisent un renouvellement de l’Histoire en donnant la parole aux plus humbles et aux plus démunis. L’Histoire qui naît de ces archives est-elle une histoire qui peut réconcilier une histoire anthropologique et une histoire des représentation? Prise de notes sur
L’institution monarchique
( deuxième moitié du XVIè siècle )
I. La famille royale:
A. Les rois :
Il y a en France trois rois pendant la période : François II, Charles IX et Henri III. En 1559, la succession d’Henri II paraissaît bien assurée, puisqu’il avait quatre fils.
François II règne deux ans : de 1559 à 1560, il meurt à 16 ans. Charles IX règne douze ans et meurt à 24 ans. Henri III meurt en 1574, à 32 ans, sans enfants. Leur frère François meurt à 30 ans, sans s’être marié. L’héritier du trône, Henri de Navarre, est sans enfants et sans espoir d’en avoir, puisqu’il est marié depuis 17 ans et vit séparé de sa femme. Pendant ces 30 ans, la reine Catherine de Médicis joue un rôle important.
B. "La" reine :
Il s’agit de Catherine de Médicis (1519- 1589).
* Un rôle exceptionnel :
Catherine de Médicis a eu un rôle politique beaucoup plus important qu’aucune reine de France avant elle.
La place d’une reine dépend de ses enfants : elle reste stérile 10 ans, puis a 11 enfants en 12 ans (dont la moitié de fils). Aucune autre reine n’a eu de fils pendant la période : La femme de François II, Marie Stuart, n’a pas d’enfants ; Elisabeth d’Autriche, épouse de Charles IX, a une fille ; la femme d’Henri III, Louise de Vaudémont Lorraine, n’a pas d’enfants. Catherine de Médicis a donc un prestige exceptionnel. Ces jeunes reines, d’origines étrangères, disparaîssent vite après leur veuvage : elles retournent dans leur pays. Cet effacement laisse à la reine-mère un espace politique très important pour l’époque. Importance également des rois à son égard : la reine n’a aucun pouvoir en elle même : Marguerite de Valois est, par exemple, totalement écartée du pouvoir par Henri IV. Catherine de Médicis, elle, a exercé un grand ascendant sur ses fils, même après leur majorité (à 14 ans). Elle continue de gouverner à la majorité de Charles IX. Elle reste constamment dans la sphère du pouvoir, exerçant son influence pesante sur tous ses fils. Rien ne la prédestinait à ce pouvoir : elle épouse le cadet des fils d’Henri II ; elle n’est pas héritière d’une famille influente : elle est fille de Madeleine de la Tour d’Auvergne, et de Laurent de Médicis (pas le comte célèbre).
* La régence :
Catherine est officiellement régente de 1560 à 1564 : pendant la minorité de Charles IX, et à sa mort, en 1574, quand Henri III est en Pologne.
Son rôle politique dépasse les années de régence officielles. Elle tient une place incontournable. Il est important de noter que la régence de la reine-mère n’est pas automatique : c’est une situation d’urgence, dans laquelle Catherine se fait nommer. Pour réussir à exercer le pouvoir, elle va ensuite négocier avec les autres puissances : les princes du sang, le parlement et les états généraux. Concrètement, en décembre 1560, à la mort de François II, 2 personnes sont rivales pour le régence : la reine-mère et le 1er prince du sang : Antoine de Navarre, qui devient finalement lieutenant général du royaume.
Ensuite, Catherine doit composer avec les états généraux, convoqués avant la mort de François II, ils auraient dû décider du régent. Catherine leur interdit de décider.
Par la suite, quand elle va gouverner, ce sera toujours au nom de son fils. C’est la personne qui a la mainmise sur l’enfant roi qui a le pouvoir. En 1562, les partis catholique et protestant se disputent la garde du roi. La fidélité ou non de la noblesse est importante dans la régence : tous les nobles sont sincèrement fidèles au roi, mais non à la régente, d’où un exercice périlleux du pouvoir. C. Les enfants royaux :
Les garçons sont nécessaires pour la pérennité de la dynastie et les filles pour les alliances. Les reines sont donc soumises à un "harcèlement procréateur" selon B. Benassar : les princesses règnent par le lit.
* Les fils :
L’aîné porte le titre de dauphin, mais dans cette période (de 1559 à la fin du siècle), il n’y a pas de dauphin : l’héritier du trône de François II est son frère, il ne porte donc pas le titre de dauphin.
En 1601, naissance du dauphin, le fils aîné d’Henri IV.
Les fils cadets portent le nom de leur apanage : la partie du domaîne royal qui leur est donnée pour leur entretien. Henri est duc d’Anjou, François duc d’Alençon, puis duc d’Anjou après l’avènement d’Henri III.
Ils sont associés au gouvernement. Ils appartiennent à la sphère du pouvoir, siégeant à la Cour du roi.
Le roi ne quitte pas son pays, sauf à la tête de son armée, il envoye donc ses frères, ou ses fils.
Les cadets du roi jouent un rôle militaire important : ils sont gouverneurs de leur apanage ; et très jeunes, ils sont à la tête de l’armée : Henri III commande l’armée royale à 16 ans (quand il n’est encore que duc d’Anjou).
Ces cadets sont souvent frustrés dans leurs ambitions, surtout François d’Alençon, qui ne deviendra pas roi. Après le départ d’Henri III en Pologne, sa mère lui refuse le titre de lieutenant général du royaume. Il passe dans une phase d’opposition, illustrant la tradition des frères rebelles du roi.
* Les filles du roi :
Elles sont destinées à être mariées à l’étranger, à nouer des alliances diplomatiques. Une fois mariées, elles abandonnent tout lien avec leur pays d’origine. Elles sont écartées de l’héritage, et leur dot n’est pas un territoire, mais de l’argent. Exemple : en 1559, Elisabeth est mariée à Philippe II d’Espagne, et a une dot de 400 000 écus. Ensuite, elle n’a revu qu’une fois sa famille, à Bayonne.
Elisabeth a un destin révélateur du système matrimonial, fondé sur un mariage précoce : parfois avant la puberté. Elle est mariée à 13 ans, comme sa mère. Maternité répétée : Elisabeth a sa première grossesse à 18 ans. Elle a ensuite 4 gossesses en 4 ans, et meurt de la dernière, à 23 ans.
Benassar parle de sacrifice de ces princesses adolescentes.
Marguerite est, au contraire, un exemple atypique. Elle est mariée à Henri de Navarre en 1572. A cause de la guerre civile et de leurs incompatibilités d’humeurs, elle vit constamment séparée de son mari. Elle mène une vie de femme libérée. Princesse très mondaine, et très cultivée, elle se mêle aux intrigues de son frère d’Alençon et passe dans les rangs de la ligue. Elle a réagit par le scandale et la révolte politique.
Devenu roi, Henri IV l’oblige à annuler son mariage, et l’assigne à résidence dans un château d’Auvergne. Elle ne revient à Paris qu’à la fin de sa vie.
II. La Cour :
A. Le "nomadisme" royal, ou les Résidences de la Cour:
* Les voyages exceptionnels :
Une fois pendant leur règne, les rois des XVIème et XVIIème siècle, entreprennent un tour de France. Importance du grand tour de France de Charles IX, de 1564 à 1566 : l’enjeu est de faire appliquer l’édit de paix de la première guerre de religion. Le roi accomplit près de 4 000 kms. C’est un tour de France sur les zones périphériques du royaume : voyage qui part vers l’Est, puis redescend en suivant les frontières. Il va jusqu’à la Rochelle, et ne vas pas en Bretagne ; il va dans le Val de Loire, puis redescend dans le centre pour remonter à Paris.
Le cortège royal réunissait alors 15 000 personnes, dont le cortège du roi et de la reine, une escorte militaire, tout le personnel du gouvernement, des meubles (tapisseries...), des artisans, puis des princes, des ambassadeurs... soit une véritable démonstration de puissance, qui compensait la faiblesse de l’emprise royale dans les provinces.
Il s’agit d’une mise en scène de la représentation de la puissance royale, après le 1ère guerre civile : le roi veut forger l’unité du royaume autour de lui. Ce voyage permettait de renforcer les liens de fidélité à l’égard de la monarchie.
* Les résidences royales :
Le mode de vie du roi est basé sur l’itinérance. Les Valois sont constamment en mouvement, ne restant jamais plus de 10 jours au même endroit. Ils vont soit en Ile de France, soit dans le Val de Loire. Les rois et leurs Cours vont à Paris, Saint Germain ou Fontainebleau. Dans le Val de Loire, ils vont à Chenonceau, Blois ou Amboise, châteaux qui retrouvent un agrément défensif.
En 1560, Catherine emmène le jeune roi à Amboise pour le soustraire aux enlèvements de l’opposition politique. Ces châteaux servent de refuges.
Il y a une rupture avec Henri IV, avant 1589, il était très itinérant, mais dans le midi. Dans la 1ère partie de son règne, il parcourt la moitié Nord de la France ; mais une fois son pouvoir installé, à paritr de 1595, il reste en Ile de France. La fin de son règne est très sédentaire. Changement fondamental, Henri IV encre la monarchie à Paris. Jusqu’alors, Paris était une capitale très dangereuse ; elle devient la résidence du roi, ce qu’elle n’était pas avant. Bien que ce soit la capitale, les rois ne convoquent jamais les états généraux à Paris. Paris est associée aux épisodes de crise les plus aigüs, et se signale par une hostilité importante à Henri IV.
C’est tardivement que Paris devient la résidence des rois.
B. Le cérémonial de Cour :
La Cour devient la vitrine de la royauté et un moyen de gouvernement. Avant, elle était extrêmement familière, ouverte à tout le monde. Par réaction contre cela, des mesures sont prises pour créer un cérémonial de Cour : on aménage un espace royal.
* L’espace royal :
Avec Catherine de Médicis se créé une antichambre, puis un cabinet et un garde coffre, avant la chambre du roi. Charles IX ajoute une salle de garde avant l’antichambre. Henri III créé une série de pièces successives, hiérarchisées : une salle de garde, une antichambre, une chambre d’Etat, et une chambre d’audience.
Seuls les gentilhommes de la chambre sont autorisés à entrer dans la chambre du roi (il y a une liste). On est invité par le roi dans son cabinet.
Henri III impose la préservation du caractère privé des appartements royaux. Dimension politique, qui correspond à la psychologie du roi. Henri III va jusqu’à créer une balustrade autour de son lit et de sa table. Les courtisans deviennent alors le public du lever ou du repas du roi. En même temps, cela rompt le lien du roi avec les aristocrates, car le roi est le premier des nobles. Cela contribue à l’impopularité d’Henri III.
Henri IV renoue ce lien avec ses sujets.
Henri III a fait de la chambre du roi un lieu sacralisé de la royauté.
* Création d’une étiquette de Cour :
En 1578 et en 1585, Henri III prend 2 règlements. Cela lui est sans doute inspiré par les gouvernements étrangers : quand il est allé en Pologne, il revient par l’Italie et Venise. Les autres Cours d’Europe étaient beaucoup moins familières qu’en France.
Les règlements d’Henri III fixent l’emploi du temps du roi et son organisation. Il y a une répartition des courtisans dans les pièces : tous ne vont pas jusqu’à la chambre.
Création d’un office de grand maître des cérémonies, qui donne un ordre à chacun, selon son rang.
Le roi organise un système où les question de préséance font lieu de récompenses. Obtenir un rang plus important pour être plus près du roi devient un enjeu d’importance pour les nobles. Henri III fait de sa Cour un élément de gouvernement. Il a 2 favoris : le duc d’Epernon, et celui de Joyeuse : eux seuls pouvaient assister à son lever.
"Institution de la distance politique" par Henri III, pour proclamer la supériorité du roi sur toutes les composantes politiques. Système qui sera perfectionné par Louis XIV.
Au XVIème siècle, il y a des problèmes d’insécurité à la Cour, aggravés par les déplacements. Il y a de nombreuses querelles, des duels et des assassinats... et de nombreux vols.
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