Jeudi 18 janvier 2007
Prise de note
L’Egypte, d’Alexandre à Cléopâtre.
L’Egypte Hellénistique
L’Egypte, d’Alexandre à Cléopâtre.
L’Egypte Hellénistique
Si l’Egypte est vue par les grecs, les anciens comme une civilisation majeure, elle est assez maltraité par la structure académique française. Il n’y a pas ou peu de cours d’Egyptologie à la faculté. L’archéologie et l’histoire de l’art ont eux saisis l’Egypte comme sujet majeur de leurs études. Il y a pourtant de nombreux liens entre le monde grec et l’univers égyptien.
L’époque hellénistique est le moment de la mise en place du monde grec, dès le VIII siècle des contacts entre les deux mondes existent. Mais le grand changement se fait à la fin du IVème siècle, lorsque les greco-macédoniens, s’installent en Egypte et se servent du pouvoir pharaonique.
Les Lagides, cette forme de pouvoir est à la fois purement grecque, mais en s’étant adapté aux traditions égyptiennes. Comment les macédoniens ont fait de l’Egypte leur pays ? Comment l’ont-ils exploités ? Mais on ne comprend l’Egypte en restant dans une interprétation dominants-dominés. Il y a de nombreux échanges, des liens entre les communautés…
Nous allons donc suivre l’évolution au cours des trois siècle de l’Egypte Lagide.
L’Egypte, le pays, l’histoire.
Plus qu’un pays, l’Egypte, c’est un paysage, un contraste entre les Vallées et les déserts. Mais ce n’est pas tant une opposition entre le Nil et le reste, mais plutôt une cohabitation tripartite entre le Nil, le Delta et le Désert.
L’Egypte est comprise entre, au sud, la première cataracte, au nord, le delta, la mer rouge à l’est et le désert libyen à l’ouest. La vallée, 23000 km2 de terres fertiles. C’est un pays facile à défendre, à tenir, les déserts empêchant les invasions, et expliquant un certain pacifisme égyptien. Le pays est aride, l’agriculture n’est donc possible que grâce aux crues du Nil.
La crue, est le moteur économique du pays. Elle dure quatre mois et inonde toutes les terres de la vallée. C’est le point de départ du calendrier égyptien. On évaluait l’ampleur de la crue à l’aide du nilomètre pour prévoir les récoltes. Elle se concentrait dans la vallée.
Le Delta est le cœur de la basse Egypte, c’est le cœur agricole du pays. Mais c’est un espace délicat, très marécageux, très bas et difficile à parcourir. Cet espace est commandé par la capitale de basse Egypte : Memphis. La ville est le sommet du Delta.
Il faut ajouté à ces éléments une région essentielle : le Fayoum. Cette région n’est pas dans la vallée. Elle se situe autour du lac Moèris alimenté par une dérivation du Nil. C’est une zone de conquête, une zone qui a été asséché et deviendra une zone de colonisation, de mis en valeur brutale où l’on cherche le rendement, la productivité.
Le reste, le désert ne contient que quelques oasis qui abritent des postes avancés servant à prévenir les invasions venant de L’ouest. L’oasis de Siwa, abrite un sanctuaire du Dieu Amon l’équivalent du Zeus grec. Le désert oriental est une source de richesse car l’on y trouve des mines de fer, de métaux précieux. La Cyrénaïque, autour de la ville de Cyrène en Libye actuelle est aussi un lieu de richesse notoire.
Le Nil apporte la crue mais il est aussi le lien entre la haute et la basse Egypte. La haute Egypte étant appelée basse Nubie. Les pharaons Noirs, pharaons Meroue et Abata ont pour volonté de contrôler la basse Nubie. Les grecs, s’arrêteront à la première cataracte par soucis politique, mais ce territoire est dans la zone d’influence égyptienne, c’est aussi une région riche, en esclaves, en vivres, en animaux.
L’histoire de l’Egypte est, dans l’histoire des civilisations, la plus longue. 2635 à 2140, c’est l’ancien Empire, les constructions des pyramides. 2020 à 1720, le moyen Empire et 1539 à 1070, le nouvel Empire, période de la pleine puissance de l’Egypte, période d’expansion, de conquêtes.
Dans cette histoire, on distingue 30 dynasties de pharaons. Mais lorsque les grecs arrivent l’Egypte n’est plus le même pays (IVème au IIème siècle). Le delta est partagé, fragmenté, le rois étrangers, contrôlent une partie du territoire, se sont les rois Assyriens au VIIème, puis les rois Perses au VIème. L’arrivée des grecs prend place dans une histoire très longue, un moment de fragilité du pays par rapport à ses voisins. Lorsqu’Alexandre arrive, l’Egypte est à prendre, il n’aura pas de mal à se substituer à d’autres souverains.
Pour l’Egypte, les historiens sont favorisés par la qualité et la quantité des sources écrites. Elles sont liées à la production massive de documents royaux. Mais il y a aussi de nombreuses archives, privées, des contrats…Le papyrus, principal matériel d’écriture peut se conserver dans certaines conditions, lorsqu’il n’y a pas d’humidité. Or, ici, il n’y a que des déserts, une fois le document utilisé ont s’en servait à d’autres fins. Rembourrage des momies par exemple qui, une fois enterrées, furent retrouvées et utilisées comme des sources remarquables. Entre 30 000 et 40 000 papyrus grecs nous sont ainsi parvenus sans compter les papyrus égyptiens. Cette source exceptionnelle nous a permis de retrouver des textes que l’on pensait disparus (la Constitution des Athéniens d’Aristote par exemple). L’administration, les fonctionnements politiques nous sont ainsi connus grâce aux papyrus.
Les Archives de Zénon, administrateur financier du royaume Lagide nous éclaire sur le fonctionnement économique de la cité.
Les sources sur pierre, sont aussi prolixes. La pierre de Rosette date ainsi de l’époque Lagide. Cette pierre est trilingue, Grec, Démotique, Egyptien.
La connaissance de l’Egypte passe par l’archéologie sur pour la haute époque. Mais les fouilles, très médiatisées menées à Alexandrie, ont permis de comprendre la structure de cette ville grecque aux portes de l’Egypte. J-Y Empereur connu pour sa possible découverte du phare d’Alexandrie, notamment pour pouvoir financer ses fouilles. Son collègue, Franck Goddio, fouille lui une autre partie du port, celle des palais royaux.
Entre 334 et 323, le « petit jeune homme » conquis et assoit son pouvoir sur l’Asie mineure, et l’indus en passant par l’Egypte. C’est un monde nouveau, l’ensemble de cet empire ne sera maintenu, il sera partagé en plusieurs sous-ensembles. Les Antigonides (successeurs d’Antigone) font fonder un royaume en Macédoine et en Grèce. Les Seleucides (successeurs de Seleucos) en Turquie, Mésopotamie et Asie centrale. Les Lagides (successeur de Ptolémée fils de Lagos), restent en Egypte.
L’Egypte à la fin du IV ème siècle : Egyptiens, Perses et Macédoniens.
Les grecs sont depuis longtemps en contact avec l’Egypte, on échange beaucoup, du blé notamment (grande richesse égyptienne) et ce dès le VIIIème siècle. Au VIIème siècle, la pharaon Psammétique 1er autorise l’implantation de colons grecs sur le bras le plus occidental du Nil, à Naucratis. L’importance de l’Egypte sur le plan commercial est ainsi révélé, il y a aussi de nombreux mercenaires grecs. Ces derniers s’installent à Memphis dans l’Hellenion, le quartier grec, on les appelle les Hellénomemphites. Memphis est la capitale religieuse et politique. Mais l’Egypte, que ce soit au VIIème et au VIème échappe au monde grec car elle reste dans l’empire Perse. L’Egypte constitue donc un élément de conflit entre Alexandre et les rois Perses.
Comment fut conçue et perçue l’arrivée des macédoniens.
I ) La fin chaotique du pouvoir Achéménide en Egypte
A ) Un pouvoir ancien et contesté.
Pierre Briant, le spécialiste de l’Empire Perse.
Conquête Perse de L’Egypte de 525 à 522 par le roi Lambyse. Les Perses mettent la main sur l’Egypte mais ils ont mauvaise réputation, démolition de temples… Les Perses font donc face à des révoltes, des soulèvements…
Vers 450, Inaros, prend le titre de pharaon, il se soulève contre les Perses. Il a le soutient de grecs mais cela échoue. De 38 8 à 378 c’est la dynastie des Néphénistes le pouvoir revient aux mains des égyptiens, ensuite vient la dernière dynastie, celle des Nectanebos. Cette dynastie réaffirme le pouvoir égyptien, sa religion, ses symboles. Les tradition indigène se réaffirme contre la culture Perse.
L’identité Egyptienne est ainsi affirmée mais à partir de 343, les Perses envoient de nombreuses troupes en Egypte et reprennent le pouvoir. 343-342, reconquête perse de l’Egypte, les pharaons seront désormais perses. Le grand roi perse prend à nouveau le titre de pharaon pour légitimer le pouvoir. Mais ce pouvoir est contesté donc constamment réaffirmé.
L’empire perse est contesté, Alexandre s’en saisit pour conquérir le territoire.
B) Pouvoir perse et nationalisme égyptien
L’image des Perses en Egypte en dégradée, c’est un pouvoir spoliateur. Il s’agit d’un topos, un lieu commun, une image construite qui déforme la réalité, on accuse dès le Vème que les grands rois Cambyse et Artaxerxés d’avoir tué le taureau Apis, incarnation du Dieu de Memphis, le Dieu Ptah (associé à la royauté pharaonique). En réalité, cette histoire nous indiquent que les problèmes entre les Perses et les Egyptiens sont surtout religieux. Du point de vue politique, les Perses sont presque acceptés, ils portent le titre de Pharaon, ils sont du moins légitimité par une partie des Egyptiens.
Quel jugement porter sur la période ? C’est une domination étrangère qui s’exprime avec ambiguïté puisque qu’elle est acceptée par les uns, refusée par les autres. Cette mauvaise réputation n’a-t-elle pas été construite à posteriori, par les grecs ?
II Alexandre et la conquête macédonienne de l’Egypte.
A) La prise en main de l’Egypte.
L’Egypte est un élément important pour les Perses mais elle est en périphérie de l’Empire. Lorsque qu’Alexandre passe en Asie pour libérer les cités grecques soumises aux Perses, il se retrouve rapidement en Syrie, en Phénicie, en 333 toutes sont sous le joug macédonien. Fin 333, Alexandre se retrouve à Gaza. Gaza, c’est le carrefour des peuples, il est au porte du Delta Egyptien. Il n’aura pas à la conquérir, le gouverneur perse, le Satrape Mazakès se donne à Alexandre. Il se fera sans doute couronné pharaon, permettant une transition des pouvoirs, il reste deux ans en Egypte de 332 à 331. Cette période est fondamentale pour la suite de l’histoire de l’Egypte à l’époque hellénistique. Il est perçu par les Egyptiens comme un libérateur, ce discours de libération fonctionne, mais il s’agit de pure propagande, repris par tous les auteurs. Cette idée de libération fait écho en Egypte mais aussi en Grèce. Le discours a donc deux cibles, les grecs et les Egyptiens, plaçant Alexandre comme l’homme issu de la tradition de la libération du grand Roi par les grecs.
B) L’Egypte d’Alexandre.
La campagne d’Alexandre ne consiste pas en une balade, il faut tenir les terres conquises, installer des administrations, des forces…Il prend des membres de son entourage, des greco-macédoniens, on tient l’Egypte avec des compagnons, il faut l’encadrer, la tenir sur le plan militaire.
Mais tout le gouvernement du pays est donnée à des gens qui connaissent le terrain, des grecs égyptiens. Cette stratégie est très habile, c’est une stratégie de conjugaison entre militaires grecs et administrateurs égyptiens.Prise en main militaire, prise en main administrative, mais aussi prise en main idéologique. On respecte les traditions égyptiennes mais en même temps, on veut en faire un pays tenu par les macédoniens avec la création d’Alexandrie en 331.
Alexandreia ad Aegyptum, Alexandrie aux portes de l’Égypte. Le site est alors peu occupé à par un village de pêcheurs. Le plan est Orthogonal, Hippodamien, il y a d’abord la volonté d’une création démiurgique, une ville divine, du moins d’une puissance divine… C’est sa première construction, son modèle. Son but est d’assurer le contact avec la méditerranée, d’avoir des relations commerciales avec le monde grec. Elle est conçue comme une capitale, une ville symbole du nouveau pouvoir. Une ville plus macédonienne qu’égyptienne, tournée non pas vers le fleuve mais vers la mer. La visite au sanctuaire d’Amon, à Siwa est aussi symbolique. Amon est l’équivalent de Zeus, dans ce sanctuaire, Alexandre va se faire reconnaître comme le fils du Dieu. Il s’inscrit dans la tradition égyptienne. Alexandre s’inscrit dans la tradition indigène mais sans renier son caractère macédonien avec la création d’Alexandrie, une rupture progressive.
III La mise en place du pouvoir Lagide
A) Ptolémée et l’Egypte, un « pays » plutôt que l’empire.
Alexandre meurt en -333, probablement de malaria à Babylone, il va désormais y avoir le problème du partage. Les différentes régions vont être distribuées entre les compagnons d’Alexandre. L’Egypte revient à Ptolémée, qui devient satrape. Le pouvoir de l’empire est lui conservé par le frère d’Alexandre, Philippe III qui pour différentes raisons n’est pas apte à gouverner.
Ptolémée est le fils de Lagos et de Arsinoé, né en –367 il devient « garde du corps », il est dans son entourage proche, il a été général des armées… C’est un homme lettré, qui n’hésite pas à se mettre en valeur dans ses écrits. Une fois en possession de son bien, il fait tuer Cléomène, gouverneur macédonien de l’Egypte. Ptolémée comprend qu’une fois Alexandre mort on ne pourra pas conserver tout son empire, il faut donc conserver le pouvoir sur une zone restreinte, il choisi ainsi l’une des parties les plus riches, l’Egypte. Il veut contrôler les régions périphériques, Chypre, le Sinaï, la bande de Gaza pour tenir en respect tous les envahisseurs venant de l’Est. Perdiccas, en –321 est ainsi repoussé à Gaza par Ptolémée.
Il y a donc rupture de la part de Ptolémée par rapport à Alexandre, mais en même temps sa figure est récupérée. Perdiccas voulait le ramener en Macédoine, mais Ptolémée détourne le convoi et s’accapare son corps pour l’enterrer à Alexandrie. Cela lui permet de se définir comme un nouvel Alexandre. Il s’inscrit aussi dans la tradition de défense de l’Egypte, il se conduit comme un pharaon, il est donc adoubé par le peuple.
B) Une politique de collaboration avec les élites égyptiennes.
Cette collaboration s’exprime de façon multiple, Ptolémée pratique une politique de restitution des temples aux égyptiens avec les accaparements des Perses. Les temples, armature de la société égyptienne, le soutiennent donc. Il attribue aussi 50 talons d’argent pour la momification du taureau Apis. Ptolémée sait s’entourer d’un certain nombre d’égyptiens, en particulier d’un grand prêtre, Manethon de Sébennytos qui fera partie de sa court. Il est probable que Ptolémée, tout comme Alexandre est été couronné pharaon à Memphis. Ce couronnement a eu lieu sans doute dès –320, -310, alors même qu’il était encore soumis au pouvoir de Philippe III.
C) La prise en main et le contrôle du territoire.
Ptolémée est tout comme Alexandre bivalent dans la manière de tenir l’Egypte, en Macédoine et Egypte. Alexandrie sera centrale dans l’affirmation de son pouvoir. Il faudra du temps pour construire et peupler la ville, en déplaçant la capitale de l’Egypte de Memphis à Alexandrie, Ptolémée accélère le dynamisme de la ville. Il signifie aussi son identité comme gréco-macédonienne.
Cette prise en main déséquilibre l’Egypte car sa capitale est quasiment à l’extérieur du pays, cela posera un certain nombre de problèmes quelques siècles plus tard. Il faut aussi des relais pour assurer le pouvoir, il fonde une cité : Ptolemais, pour marquer la prise en main du territoire par la dynastie, pour contrôler la capitale de la Haute Egypte, Thèbes. Il y a symétrie au nord et au sud en bas et en haut. Pour diffuser ce nouveau quadrillage, on installe des colons. Dès le début de son règne, il y a une mise en place des Clérouchies, avec des Clérouques. Cela renforce le contrôle du pays et la levée d’une armée. Cette armée, elle doit vivre sur place, les colons obtiennent donc des terres les cléroues.
Le Fayoum, à l’ouest du delta constitue une zone de colonisation importante.
Ce fonctionnement est efficace, en une dizaine d’année, Ptolémée s’est donné les moyens du contrôle de son territoire.
Dès la fin IVème, la mise en place du pouvoir lagide se traduit par une stabilisation politique. Ptolémée se consacre à la prise en main et à le développement du pays, il use d’une habile politique d’alliance avec les élites, force et protection dans le but d’installer le pouvoir macédonien.
par Les L3 d'histoire de poitiers
publié dans :
histoire Grecque
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