Prise de notes sur
L’institution monarchique
( deuxième moitié du XVIè siècle )
I. La famille royale:
A. Les rois :
Il y a en France trois rois pendant la période : François II, Charles IX et Henri III. En 1559, la succession d’Henri II paraissaît bien assurée, puisqu’il avait quatre fils.
François II règne deux ans : de 1559 à 1560, il meurt à 16 ans. Charles IX règne douze ans et meurt à 24 ans. Henri III meurt en 1574, à 32 ans, sans enfants. Leur frère François meurt à 30 ans, sans s’être marié. L’héritier du trône, Henri de Navarre, est sans enfants et sans espoir d’en avoir, puisqu’il est marié depuis 17 ans et vit séparé de sa femme. Pendant ces 30 ans, la reine Catherine de Médicis joue un rôle important.
B. "La" reine :
Il s’agit de Catherine de Médicis (1519- 1589).
* Un rôle exceptionnel :
Catherine de Médicis a eu un rôle politique beaucoup plus important qu’aucune reine de France avant elle.
La place d’une reine dépend de ses enfants : elle reste stérile 10 ans, puis a 11 enfants en 12 ans (dont la moitié de fils). Aucune autre reine n’a eu de fils pendant la période : La femme de François II, Marie Stuart, n’a pas d’enfants ; Elisabeth d’Autriche, épouse de Charles IX, a une fille ; la femme d’Henri III, Louise de Vaudémont Lorraine, n’a pas d’enfants. Catherine de Médicis a donc un prestige exceptionnel. Ces jeunes reines, d’origines étrangères, disparaîssent vite après leur veuvage : elles retournent dans leur pays. Cet effacement laisse à la reine-mère un espace politique très important pour l’époque. Importance également des rois à son égard : la reine n’a aucun pouvoir en elle même : Marguerite de Valois est, par exemple, totalement écartée du pouvoir par Henri IV. Catherine de Médicis, elle, a exercé un grand ascendant sur ses fils, même après leur majorité (à 14 ans). Elle continue de gouverner à la majorité de Charles IX. Elle reste constamment dans la sphère du pouvoir, exerçant son influence pesante sur tous ses fils. Rien ne la prédestinait à ce pouvoir : elle épouse le cadet des fils d’Henri II ; elle n’est pas héritière d’une famille influente : elle est fille de Madeleine de la Tour d’Auvergne, et de Laurent de Médicis (pas le comte célèbre).
* La régence :
Catherine est officiellement régente de 1560 à 1564 : pendant la minorité de Charles IX, et à sa mort, en 1574, quand Henri III est en Pologne.
Son rôle politique dépasse les années de régence officielles. Elle tient une place incontournable. Il est important de noter que la régence de la reine-mère n’est pas automatique : c’est une situation d’urgence, dans laquelle Catherine se fait nommer. Pour réussir à exercer le pouvoir, elle va ensuite négocier avec les autres puissances : les princes du sang, le parlement et les états généraux. Concrètement, en décembre 1560, à la mort de François II, 2 personnes sont rivales pour le régence : la reine-mère et le 1er prince du sang : Antoine de Navarre, qui devient finalement lieutenant général du royaume.
Ensuite, Catherine doit composer avec les états généraux, convoqués avant la mort de François II, ils auraient dû décider du régent. Catherine leur interdit de décider.
Par la suite, quand elle va gouverner, ce sera toujours au nom de son fils. C’est la personne qui a la mainmise sur l’enfant roi qui a le pouvoir. En 1562, les partis catholique et protestant se disputent la garde du roi. La fidélité ou non de la noblesse est importante dans la régence : tous les nobles sont sincèrement fidèles au roi, mais non à la régente, d’où un exercice périlleux du pouvoir. C. Les enfants royaux :
Les garçons sont nécessaires pour la pérennité de la dynastie et les filles pour les alliances. Les reines sont donc soumises à un "harcèlement procréateur" selon B. Benassar : les princesses règnent par le lit.
* Les fils :
L’aîné porte le titre de dauphin, mais dans cette période (de 1559 à la fin du siècle), il n’y a pas de dauphin : l’héritier du trône de François II est son frère, il ne porte donc pas le titre de dauphin.
En 1601, naissance du dauphin, le fils aîné d’Henri IV.
Les fils cadets portent le nom de leur apanage : la partie du domaîne royal qui leur est donnée pour leur entretien. Henri est duc d’Anjou, François duc d’Alençon, puis duc d’Anjou après l’avènement d’Henri III.
Ils sont associés au gouvernement. Ils appartiennent à la sphère du pouvoir, siégeant à la Cour du roi.
Le roi ne quitte pas son pays, sauf à la tête de son armée, il envoye donc ses frères, ou ses fils.
Les cadets du roi jouent un rôle militaire important : ils sont gouverneurs de leur apanage ; et très jeunes, ils sont à la tête de l’armée : Henri III commande l’armée royale à 16 ans (quand il n’est encore que duc d’Anjou).
Ces cadets sont souvent frustrés dans leurs ambitions, surtout François d’Alençon, qui ne deviendra pas roi. Après le départ d’Henri III en Pologne, sa mère lui refuse le titre de lieutenant général du royaume. Il passe dans une phase d’opposition, illustrant la tradition des frères rebelles du roi.
* Les filles du roi :
Elles sont destinées à être mariées à l’étranger, à nouer des alliances diplomatiques. Une fois mariées, elles abandonnent tout lien avec leur pays d’origine. Elles sont écartées de l’héritage, et leur dot n’est pas un territoire, mais de l’argent. Exemple : en 1559, Elisabeth est mariée à Philippe II d’Espagne, et a une dot de 400 000 écus. Ensuite, elle n’a revu qu’une fois sa famille, à Bayonne.
Elisabeth a un destin révélateur du système matrimonial, fondé sur un mariage précoce : parfois avant la puberté. Elle est mariée à 13 ans, comme sa mère. Maternité répétée : Elisabeth a sa première grossesse à 18 ans. Elle a ensuite 4 gossesses en 4 ans, et meurt de la dernière, à 23 ans.
Benassar parle de sacrifice de ces princesses adolescentes.
Marguerite est, au contraire, un exemple atypique. Elle est mariée à Henri de Navarre en 1572. A cause de la guerre civile et de leurs incompatibilités d’humeurs, elle vit constamment séparée de son mari. Elle mène une vie de femme libérée. Princesse très mondaine, et très cultivée, elle se mêle aux intrigues de son frère d’Alençon et passe dans les rangs de la ligue. Elle a réagit par le scandale et la révolte politique.
Devenu roi, Henri IV l’oblige à annuler son mariage, et l’assigne à résidence dans un château d’Auvergne. Elle ne revient à Paris qu’à la fin de sa vie.
II. La Cour :
A. Le "nomadisme" royal, ou les Résidences de la Cour:
* Les voyages exceptionnels :
Une fois pendant leur règne, les rois des XVIème et XVIIème siècle, entreprennent un tour de France. Importance du grand tour de France de Charles IX, de 1564 à 1566 : l’enjeu est de faire appliquer l’édit de paix de la première guerre de religion. Le roi accomplit près de 4 000 kms. C’est un tour de France sur les zones périphériques du royaume : voyage qui part vers l’Est, puis redescend en suivant les frontières. Il va jusqu’à la Rochelle, et ne vas pas en Bretagne ; il va dans le Val de Loire, puis redescend dans le centre pour remonter à Paris.
Le cortège royal réunissait alors 15 000 personnes, dont le cortège du roi et de la reine, une escorte militaire, tout le personnel du gouvernement, des meubles (tapisseries...), des artisans, puis des princes, des ambassadeurs... soit une véritable démonstration de puissance, qui compensait la faiblesse de l’emprise royale dans les provinces.
Il s’agit d’une mise en scène de la représentation de la puissance royale, après le 1ère guerre civile : le roi veut forger l’unité du royaume autour de lui. Ce voyage permettait de renforcer les liens de fidélité à l’égard de la monarchie.
* Les résidences royales :
Le mode de vie du roi est basé sur l’itinérance. Les Valois sont constamment en mouvement, ne restant jamais plus de 10 jours au même endroit. Ils vont soit en Ile de France, soit dans le Val de Loire. Les rois et leurs Cours vont à Paris, Saint Germain ou Fontainebleau. Dans le Val de Loire, ils vont à Chenonceau, Blois ou Amboise, châteaux qui retrouvent un agrément défensif.
En 1560, Catherine emmène le jeune roi à Amboise pour le soustraire aux enlèvements de l’opposition politique. Ces châteaux servent de refuges.
Il y a une rupture avec Henri IV, avant 1589, il était très itinérant, mais dans le midi. Dans la 1ère partie de son règne, il parcourt la moitié Nord de la France ; mais une fois son pouvoir installé, à paritr de 1595, il reste en Ile de France. La fin de son règne est très sédentaire. Changement fondamental, Henri IV encre la monarchie à Paris. Jusqu’alors, Paris était une capitale très dangereuse ; elle devient la résidence du roi, ce qu’elle n’était pas avant. Bien que ce soit la capitale, les rois ne convoquent jamais les états généraux à Paris. Paris est associée aux épisodes de crise les plus aigüs, et se signale par une hostilité importante à Henri IV.
C’est tardivement que Paris devient la résidence des rois.
B. Le cérémonial de Cour :
La Cour devient la vitrine de la royauté et un moyen de gouvernement. Avant, elle était extrêmement familière, ouverte à tout le monde. Par réaction contre cela, des mesures sont prises pour créer un cérémonial de Cour : on aménage un espace royal.
* L’espace royal :
Avec Catherine de Médicis se créé une antichambre, puis un cabinet et un garde coffre, avant la chambre du roi. Charles IX ajoute une salle de garde avant l’antichambre. Henri III créé une série de pièces successives, hiérarchisées : une salle de garde, une antichambre, une chambre d’Etat, et une chambre d’audience.
Seuls les gentilhommes de la chambre sont autorisés à entrer dans la chambre du roi (il y a une liste). On est invité par le roi dans son cabinet.
Henri III impose la préservation du caractère privé des appartements royaux. Dimension politique, qui correspond à la psychologie du roi. Henri III va jusqu’à créer une balustrade autour de son lit et de sa table. Les courtisans deviennent alors le public du lever ou du repas du roi. En même temps, cela rompt le lien du roi avec les aristocrates, car le roi est le premier des nobles. Cela contribue à l’impopularité d’Henri III.
Henri IV renoue ce lien avec ses sujets.
Henri III a fait de la chambre du roi un lieu sacralisé de la royauté.
* Création d’une étiquette de Cour :
En 1578 et en 1585, Henri III prend 2 règlements. Cela lui est sans doute inspiré par les gouvernements étrangers : quand il est allé en Pologne, il revient par l’Italie et Venise. Les autres Cours d’Europe étaient beaucoup moins familières qu’en France.
Les règlements d’Henri III fixent l’emploi du temps du roi et son organisation. Il y a une répartition des courtisans dans les pièces : tous ne vont pas jusqu’à la chambre.
Création d’un office de grand maître des cérémonies, qui donne un ordre à chacun, selon son rang.
Le roi organise un système où les question de préséance font lieu de récompenses. Obtenir un rang plus important pour être plus près du roi devient un enjeu d’importance pour les nobles. Henri III fait de sa Cour un élément de gouvernement. Il a 2 favoris : le duc d’Epernon, et celui de Joyeuse : eux seuls pouvaient assister à son lever.
"Institution de la distance politique" par Henri III, pour proclamer la supériorité du roi sur toutes les composantes politiques. Système qui sera perfectionné par Louis XIV.
Au XVIème siècle, il y a des problèmes d’insécurité à la Cour, aggravés par les déplacements. Il y a de nombreuses querelles, des duels et des assassinats... et de nombreux vols.
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