Notes de cours
La noblesse
I. La condition nobiliaire :
la noblesse constitue le 2nd ordre de la société, et pourtant ce n’est pas un groupe bien défini.
A. Une définition floue :
Le nombre : on a quelques approximations: environ 30 000 familles sont nobles pendant les guerres de religion.
En nombre d’individus, se pose le problème du coefficient multiplicateur, mais cela constituerait environ 180 000 personnes; sur environ 18 millions de français. La noblesse forme donc 1% de la population.
La proportion de nobles est très variable selon les régions. Les chiffres sont très approximatifs, du fait d’une absence de sources : il n’y a pas de recensements. Il y a aussi une frontière très difficile à cerner entre nobles et non nobles; surtout en bas de la catégorie. Selon A. Jouanna, la frontière est une sorte de zone de démarcation, floue et perméable.
Ce qui définit un noble au XVIème siècle, c’est essentiellement un mode de vie : les nobles vivent de leur revenus (ne travaillent pas), et ils vivent sur leurs terres : à la campagne.
Importance de l’estime sociale : il faut être reconnu comme noble par tous ses interlocuteurs. Cette reconnaissance sociale est cruciale.
Pour prouver la noblesse, il faut fournir un témoin qui assure que le père et le grand-père de l’homme en question vivaient noblement : 3 générations de noblesse, ou la possession immémoriale de la noblesse.
Ce système de preuve par un témoin change au XVIIème, avec Colbert, qui exige des "papiers", preuves écrites de la noblesse. Au XVIème siècle, les nobles n’ont pas ces "papiers".
Pendant tout le XVIème siècle, il est assez facile d’entrer dans la noblesse, ordre qui se renouvelle régulièrement.
Ex: Agrippa d’Aubigné (1552-1630), capitaine huguenot et historien. C’est le petit-fils d’un cordonnier de Loudun, son père était juge de la seigneurie de Pons. Agrippa s’est fait passer pour un gentilhomme, et ses enfants après lui. Sa petite fille, Mme de Maintenon pensait qu’elle descendait d’une lignée de noblesse très ancienne. Elle cherche des preuves et découvre la vérité. Cette famille est l’exemple d’un processus d’accession à la noblesse.
Le phénomène de renouvellement de la noblesse explique la difficulté des historiens à situer ce groupe. L’historien regarde l’avant-nom pour situer la personne dans la hiérarchie, mais au XVIème siècle, cela ne signifie rien : au XVIème siècle, la noblesse est une identité sociale plus que juridique (et le reste jusqu’à Colbert).
B. La diversité nobiliaire :
* Leurs professions :
Les nobles sont avant tout des militaires. Dans le 2nde moitié du XVIème siècle, 20% des nobles font carrière dans les armes. Cependant, ils ne sont pas militaires toute leur vie.
Ex : Blaise de Monluc, pour lui, la guerre était consubstantielle.
Un pourcentage bien plus grand de nobles a participé ponctuellement à des expéditions militaires, comme Montaigne.
La seconde profession des nobles est la robe : les métiers juridiques, cela concerne 5% ce qui est peu. C’est le début de la noblesse de robe.
Les 75% de la noblesse restante sont des gentilshommes campagnards. A cette époque, les nobles possèdent 80% des seigneuries, dont les plus importantes : les marquisats, les duchés... .
Au XVIIème siècle, les militaires ne représentent plus que 5% de la noblesse : l’armée devient une profession qui n’a plus qu’un rapport marginal avec la noblesse. Les nobles ne forment plus que les corps d’officiers, et cela devient leur métier à plein temps.
60% des nobles sont alors des nobles de robe, c’est le phénomène essentiel de changement de la noblesse.
Les campagnards ne sont alors plus que 35%.
Au XVIIème siècle, la noblesse va en ville où elle se construit des hôtels : la noblesse campagnarde est dévalorisée.
*Leurs choix religieux :
Quelle part de la noblesse est devenue protestante? Une partie importante, mais très très minoritaire, car c’est variable en fonction des régions.
Les chiffres vont de 13% dans le Limousin, jusqu’à plus de 40% en Saintonge ou en Basse-Normandie.
L’aspect minoritaire est à relativiser, car souvent ce sont les plus importants qui sont passés au protestantisme : la noblesse titrée, les cadres de l’armée... : ils sont minoritaires mais importants.
Ex : le comte de La Rochefoucault, beau-frère de Condé.
La répartition territoriale de la noblesse protestante n’est pas égale, par exemple en Limousin, ils se regroupent dans 14 paroisses. En Poitou, densité remarquable des nobles protestants à Exoudun et à Niort.
Ce sont des îlots de protestantisme. Se forment des petites zones où le protestantisme peut être majoritaire.
Cette diversité peut se retrouver à l’intérieur des familles : souvent une branche reste catholique.
B. La hiérarchie nobiliaire :
* Les conditions économiques :
Les nobles ne se sont pas appauvris pendant les guerres de religion, au contraire.
Le XVIèms siècle est marqué par une forte inflation, en particulier du prix du blé, ce qui est favorable aux propriétaires. Du coup, les revenus de la noblesse augmentent ; phénomène qui s’inverse au XVIème siècle, avec une stagnation des prix.
Dans les zones de conflit cependant, récoltes et châteaux sont ruinés. Montaigne a vu ses propriétés dévastées au temps de la Ligue, même s’il s’en est remis.
Peu de familles nobles ont été définitivement ruinées par la guerre.
Parfois, la guerre permettait même des profits : les gentilhommes se faisaient prisonniers, il y avait donc des rançons. Il y avait parfois même des pillages, auxquels, en principe, les nobles ne participaient pas.
La noblesse prélevait aussi des impôts à la place du roi, et les gardait, comme dans le Midi protestant.
Enfin, les guerres sont propices au trafic. Sully, par exemple, entre deux guerres, faisait le commerce de chevaux, entre la France et l’Allemagne. Cela lui rapportait beaucoup. De plus, il gérait ses domaînes. Il a aussi récupéré une grosse somme d’argent lors de la prise de Cahors.
Globalement, la noblesse n’est pas sortie ruinée des guerres de religion.
* La hiérarchie interne :
En haut de la noblesse, on trouve les Grands, aux grands lignages.
Parmi eux, on retrouve les princes du sang royal : Les Bourbons.
Cette famille se divise en 3 branches: Navarre / Condé (protestants) / Montpensier (catholiques). L’un des Condé, Conti, était catholique.
Sous les princes du sang, viennent les princes "étrangers" : - les Guise, d’origine Lorraine. La Lorraine était un état indépendant, rattaché au Saint-Empire. La branche cadette des Guise est française. Les Guise sont catholiques.
- les Savoie-Nemours, sont une branche cadette de celle des ducs régnant en Lorraine.
Vient ensuite la Haute Aristocratie : les ducs et quelques lignages très important dont les Montmorency. Anne de Montmorency (c’est un homme) était connétable, il avait 5 fils, 4 gendres dont le duc de la Trémöille (duc de Thouars) et lieutenant général du Poitou. Anne avait aussi 3 neveux. Cette famille est très partagée religieusement : les neveux sont protestants.
Au début de la période, les Guise et les Montmorency sont importants. Ils ont en commun un grand prestige militaire, une clientèle importante : Pour Guise le Nord-Est : il était gouverneur de la Champagne, de Picardie et d’Ile-de-France. La clientèle des Montmorency vient du Sud-Est essentiellement.
Des charges importantes reviennent à ces lignages qui sont grands officiers de la couronne :connétable (Anne de Montmorency), amiral de France (Coligny). Ils ont en moyenne un revenu annuel de 100 000 livres, ce qui est considérable.
Anne de Montmorency a une fortune considérable : 150 000 livres par an du revenu de ses terres, 50 000 livres de charge, et il avait 7 châteaux et 3 hôtels particuliers à Paris.
Le cardinal Charles de Lorraine, un Guise, le dépassait en fortune, avec 350 000 livres de revenu. La famille de Lorraine était très riche : quand le duc de Mayenne se marie c’est avec une fille de Savoie, qui lui rapporte, en 1576, une dot de 1 275 000 livres.
Si les revenus sont énormes, les dépenses sont aussi considérables. Le mode de vie à la Cour était très coûteux car ostentatoire : vêtements, bijoux, fêtes, châteaux. Ils dépensaient aussi beaucoup d’argent dans l’exercice de leurs fonctions, et ensuite le roi compensait en leur faisant des dons.
Viennent ensuite dans la hiérarchie les grandes familles provinciales, au-dessous de tous ces grands.Il s’agit de la noblesse titrée, à laquelle appartient La Rochefoucauld. En moyenne, leur revenu s’élève à 25 000 livres.
En-dessous, se trouve la petite ou moyenne noblesse, de province. Les revenus de la noblesse moyenne s’élèvent à environ 3 000 livres et pour la petite noblesse 200 livres. C’est la limite inférieure de la noblesse, à laquelle appartient la sire de Gouberville, dans le Cotentin : prototype de cette petite noblesse, il avait un petit office à Cherbourg et des terres.
A titre de comparaison, en France, un journalier gaganait à l’époque 1 sous par jour, pendant environ 265 jours par ans, soit 265 sous par an, ce qui correspond à environ 13 livres par an.
Eventail économique extrêmement ouvert.
II. Les valeurs nobiliaires :
A. Les idées :
Ils partagent tous la certitude que la noblesse est synonyme de vertu ; surtout au début de la période.
Les nobles partagent des valeurs morales, censées être héréditaires, si bien que la qualité d’un noble dépend de celle de sa lignée ou "race".
Ces qualités consistent avant tout en qualités militaires, comme la bravoure, très importante pour la noblesse.La guerre n’est pas une fonction, c’est un art de vivre, même Montagine reconnaît qu’il n’y a pas de plus grand plaisir que celui de la guerre.
La preuve de la vaillance, de la bravoure des nobles, c’est les blessures, qu’ils arborent comme décorations, comme le duc de Guise dit "le balafré". De même dans le camps huguenot, La Noue qui avait perdu son bras était surnommé "Bras de Fer".
Le plus glorieux était de mourir au combat.
En temps de paix, les loisirs ressemblent à la guerre, avec les tournois, dans l’un desquels meurt Henri II.
Dans le comportement privé existent les rituels de défis : duels jusque dans l’entourage du roi. Les rois, jusqu’au XVIIème siècle, ne vont pas désapprouver le duel (jusqu’en 1602). Le duel permet aux opposants de s’unir dans les mêmes valeurs, en particulier l’importance de l’honneur.
L’honneur consiste à agir en fonction du rituel nobiliaire. Il s’agit de relever des défis, très nombreux et importants.
Ex: pendant la rivalité qui oppose Condé et Guise, Guise accuse Condé, et celui-ci, pour répliquer, le provoque en duel: il défie en duel quiconque l’accuserait.
Importance de "l’amitié" : échanges réciproques sur un plan d’égalité (par opposition à la clientèle). Concept important pour l’époque. Crédit qui permet de rassembler des fidèles, des obligés autour de roi. Redistribution des récompenses.
Au niveau national, les Grands avaient 3 sortes de clientèles : les gens qui appartiennent à leur maison : les pages (jeunes hommes qui venaient achever leur éducation); les clientèles militaires : les compagnies portaient un uniforme aux couleurs de leur capitaine; les clientèles politiques : tout ceux qui devaient leur charge au noble qui intercédait auprès du roi. Tout ces fidèles appartiennent à leur maître (sens positif).
B. Le comportement politique :
* La "noblesse seconde" :
Concept élaboré en 1986 par J.-M Constant et qui désigne les relais du souverain dans les provinces. Ils appartiennent à la noblesse moyenne des provinces, mais assez puissante pour avoir une clientèle. Ce groupe est soit au service du roi, comme les lieutenants généraux, soit au service des Grands. Dans les deux cas, ils sont le relais du pouvoir central dans les provinces. Le roi entretient des rapports directs avec cette noblesse seconde : il leur donne des charges militaires ou à la maison roi; et aussi des gratifications symboliques, en particulier 2 ordres royaux : celui de Saint Michel, créé par Louis XI, dévalorisé à partir des années 1560; Henri III créé alors l’ordre du Saint Esprit, en 1578, qui reste rare, et donc recherché. De plus, ce dernier ordre ne pouvait être donné qu’à des catholiques, il s’agissait pour Henri III de se créer un groupe de fidèles.
* Les mécontents :
Le Conseil du roi est de moins en moins composé de nobles et de plus en plus d’hommes de robe, car la noblesse a été écartée de toutes les charges de justice, n’ayant pas fait d’études de droit.
Le recul de la noblesse est limité : elle garde un poids considérable en province, et même à la capitale où sont présents leurs fidèles, comme relais.
Exemple de mécontent : Turaine, en 1575 il avait participé à la guerre civile en aidant d’Alençon. Après la victoire, il avait demandé le poste de gouverneur d’Anjou, mais le frère du roi lui refuse. Il est mécontent, mais aussi toute sa clientèle, qui aurait profité de la redistribution.
Du coup, il va voir le frère du roi : d’Alençon, et avec 300 personnes, va se déclarer mécontent. Proclamation spectaculaire.
Ainsi certains seigneurs quittent la Cour de façon spectaculaire, dans de véritables "ballets", pendant toutes les guerres.
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