Lundi 18 décembre 2006

Notes prises lors du cours de Mme Turrel portant sur "la première guerre civile (avril 1562 - mars 1563) :

La première guerre civile ( avril 1562 - mars 1563) :

 

I. L’engagement armé de la noblesse protestante :

A. La prise d’arme du prince de Condé :

1. Louis de Bourbon :

Louis de Bourbon (1530 - 1569) est le prince de Condé. Physiquement, il est petit, ce qui est peu avantageux pour un guerrier. C’est un grand séducteur, comme tous les Bourbons (sauf Louis XIII). Cadet de la famille, son aîné est Antoine. Contrairement à son frère, ambigu, il est lui un fervent protestant ; alors que son autre frère Charles est catholique (il est cardinal).

Quand Antoine meurt, en novembre 1562, le rôle de Louis de Bourbon devient essentiel : c’est le seule prince du sang adulte.

Il va lancer les protestants dans la guerre. Il a la passion de la guerre : il va en mourir, en 1569, à la bataille de Jarnac, à 30 ans (c’est caractéristique de la noblesse de cette époque).

 

2. Le coup de force catholique :

Le duc de Guise arrive à Paris le 16 mars 1561. Avec le maréchal de Saint André et le connétable Anne de Montmorency, ils forment le "triumvirat" (référence aux 2 triumvirats romains perfide mais pas mal vue) : association de 3 hommes de pouvoir pour mettre en commun leur influence.

Ensemble, ils jurent de défendre la religion catholique. Ils sont rejoints par le roi de Navarre à la capitale. Le prince de Condé, voyant arriver les catholiques, quitte Paris. La situation est tendue. Le jeune roi et Catherine de Médicis sont alors à Fontainebleau.

Les triumvirs veulent le roi, le 27 mars ils vont chercher le roi et la reine mère et les ramènent à Paris. Ils peuvent alors parler au nom du roi. Opération musclée qui permet à leurs ennemis de dire que le roi est prisonnier.

 

3. La riposte de Condé :

Le 2 avril, Condé s’empare d’Orléans qui devient le quartier général des forces protestantes. Condé justifie sa prise d’armes dans des livrets. Importance de l’imprimerie dans les guerres civiles. Le 8 avril, diffusion d’une déclaration, texte de propagande de Condé. Le 11 avril, traité d’association "pour la liberté du roi". Textes de justification écrits par les conseillers de Condé : Théodore de Bèze et François Hotman (1524 - 1590). François Hotman est le fils d’un juriste et est juriste lui-même. Rupture de François Hotman avec sa famille, il devient secrétaire de Calvin à Genève, puis quand la première guerre civile éclate, il revient en France et se met au service de Condé. Après la guerre, il enseigne le droit dans des universités. Il théorise toutes les justifications des protestants.

Les justifications ne sont quasiment jamais religieuses, mais toujours politiques. Ils estiment que le jeune roi est prisonnier et qu’en tant que prince du sang Condé doit défendre le roi, renverser les triumvirs et rétablir le pouvoir du roi.

Il espère pouvoir rallier le plus de partisans, puisque la question du pouvoir royal en cas de majorité est alors importante.

Cependant, Catherine de Médicis déclare qu’elle et son fils ne sont pas prisonniers.

 

B. Les débats sur l’engagement armé :

Il y a un tournant, jusque-là, les protestants avaient été plutôt passifs. Avec Condé, la période de victimisation est close : désormais les protestants vont se battre, et surtout les nobles.

Les gentilshommes qui suivent Condé mobilisent leur clientèle, et ils se rendent à Orléans. En Poitou, les Saint Georges et les Delville traversent Poitiers pour rejoindre Condé le 10 avril (soit très rapidement).

Très vite cependant, on voit les protestants se désengager, quitter Condé et rentrer chez eux : c’est le cas de Saint Georges et de Delville. Ils reçoivent alors le sobriquet de "guilbedons" en poitevin saintongeais. Ils se retirent avant tout car au bout de quelques mois la guerre a déjà fait des ravages et qu’il faut qu’ils protègent biens et familles. D’autres ont été gagnés par les manoeuvres de la cour : Catherine de Médicis fait beaucoup de promesses ... elle promet l’amnistie aux protestants qui quittent Condé. D’autres protestants enfin vont réfléchir à leurs carrières, aux honneurs : il vaut mieux qu’ils soient catholiques, comme le roi.

Dernière raison, l’accord que Condé contracte avec l’Angleterre en septembre 1562. C’est le traité d’Hampton Court, par lequel Elisabeth Ière fournit une aide financière et des soldats, en échange de quoi, Condé doit donner Le Havre aux Anglais.

Beaucoup de nobles s’interrogent : c’est un trahison, où est la justesse du combat?!

Deux courants s’opposent : la mobilisation continue, et inversement le retrait.

Le début des guerres civiles voit l’alliance entre noblesse et bourgeoisie protestantes. Par exemple, Le Mans, prise le 1er avril 1562 par les protestants, est une prise organisée par 3 notables urbains : le maire, le lieutenant criminel au présidial, et le prévôt des maréchaux. Ils s’entendent avec les gentilshommes d’épée pour la prise de la ville.

 

II. Les violences civiles et l’iconoclasme :

Iconoclasme : fait de briser les images : détruire toutes les images figurées de Dieu, le Vierge et les Saints.

 

A. Les faits :

On détruit essentiellement les sculptures. Très souvent, les vitraux des églises échappent à la destruction, comme ceux de la cathédrale de Bourges. Il y a à cela des raisons pratiques : une fois nettoyées de leurs images, les églises catholiques deviennent des temples, il faut donc laisser les vitraux. Par contre, les statues sont martelées, cassées, parfois même arquebusées.

Sont surtout détruites les statues de Dieu et du Christ; et surtout Dieu vieillard, barbu : pour les protestants Dieu ne vieillit pas.

Destructions sélectives. Par exemple, à Bourges, le Christ en majesté : n’est martelé que la main droite, levée en signe de bénédiction, car c’est un signe papiste. La main gauche est intacte car elle tient un livre : attachement des protestants à la Bible.

Autres cibles privilégiées, les images de la Vierge et les croix. Pour les protestants, il n’y a pas lieu de réactualiser la Passion du Christ, alors que les catholiques attribuent une efficacité à la croix et au signe de croix (effets surnaturels).

 

B. Chronologie :

Très souvent, les protestants font le choix d’une date symbolique : choix récurrent de la Fête Dieu, souvent au début de juin : 60 jours après Pâques. C’est l’une des plus grandes fêtes catholiques de l’époque : grande procession qui traverse la ville, sur le modèle de l’entrée royale. L’hostie, coeur de la procession, est portée sous un ostensoir à travers la ville. Fête fastueuse, un peu folklorisée (dragons parfois...). Pour les protestants, c’est de l’idolâtrie. Référence à la transsubstantiation qui est tout ce à quoi le calvinisme s’oppose sur le plan théologique.

Cela donne une dimension supplémentaire aux protestants d’aller casser des églises ce jour là.

L’iconoclasme se déclenche vers avril 1562, et jusqu’en octobre à peu près. Avant avril 1562 ont lieu quelques actions isolées. Puis, à partir de 1560, les protestants mènent des actions plus vastes : foules urbaines, surtout dans le Midi.

A partir d’avril 1562 ont lieu des destructions dans la France entière. Aux destructions purement religieuses s’ajoutent des dévastations, avec les dérapages des soldats. Dérapages à cause des besoins financiers des protestants : on fond les trésors pour financer la guerre. Après octobre 1562, l’iconoclasme continue, mais de façon beaucoup moins importante. Il resurgira sous Louis XIV avec les guerres de Rohan en 1620.

 

C. Les modalités d’iconoclasme :

Modalités populaires dans un premier temps. C’est assez joyeux : ce sont des manifestations festives que ces destructions, aspect carnavalesque car c’est populaire : les images brisées sont promenées en processions carnavalesques. Actes de dérision : discours aux statues, en les interpellant... actes de souillure : on jette les hosties aux chiens... .On ramène les objets consacrés à leur forme profane : une hostie, c’est du pain... . Il s’agit de montrer qu’aucune puissance divine n’habite l’image.

Deuxième modalité, le comportement des notables. Quand les notables protestants deviennent maîtres d’une ville, ils organisent "le renversement des idoles" de façon légaliste. Ils chargent un magistrat de procéder. Ensuite, ils vont faire un inventaire des objets confisqués ; puis ils organisent des enchères publiques pour les vendre, et tiennent une comptabilité publique de ces ventes.

Mentalité de consistoires : attachée à l’ordre.

 

D. Le sens religieux de l’iconoclasme :

Il y a des phénomènes de pur vandalisme, mais ils ont surtout un sens religieux. Les textes de la Bible prescrivent de ne faire aucune image taillée de Dieu, pour éviter toute idolâtrie. Calvin est extrêmement rigoureux à ce sujet. Luther, lui, admet les images religieuses, pour l’édification du peuple.

Quand les protestants détruisent les images, il s’agit d’une réaction contre l’inflation du sacré au XVIème siècle. Le chrétien vit alors au milieu d’une profusion d’images, avec l’imprimerie et la gravure. Multiplication des objets sacrés dans l’environnement quotidien des gens : les églises, les places, et chez les privés.

Images beaucoup plus belles que celles du Moyen Age, dû à l’épanouissement artistique de la Renaissance : meilleure qualité, les oeuvres sont moins hiératiques, plus humanisées.

Evolution de la piété : on parle, on habille les statues. Beaucoup d’histoires sont des images vivantes aussi. Confusion entre le prototype et son image.

Les théories protestantes interprètent cette prolifération des images comme un retour au paganisme, d’autant plus qu’il y a un Saint pour chaque chose.

Autre sens religieux de l’iconoclasme : théologie pratique : il s’agit de montrer quelque chose par des actes et non par des discours. Ils veulent montrer que ces images n’ont pas de pouvoirs miraculeux, que ces objets ne sont pas sacrés. Délimitation entre sacré et profane floue pour les catholiques : il y a du sacré dans les objets religieux. La séparation entre sacré et profane est par contre importante pour les protestants.

Problème entre l’immanence de Dieu et sa transcendance. L’immanence, c’est le fait d’être à l’intérieur de quelque chose : si Dieu est immanent, il est dans notre monde, existe dans le monde créé. Au contraire, s’il est transcendant, il est extérieur et au-dessus. Pour les catholiques, Dieu est les deux. Pour les protestants, ce qui l’emporte, c’est la transcendance de Dieu.

Dans le christianisme, Dieu est incarné, d’où l’immanence.

Les protestants veulent creuser l’écart entre Dieu et le monde profane : celui du péché. Attitude de désacralisation du monde ou, selon M. Weber : "le désenchantement du monde".

Peu après a lieu la dernière session du concile de Trente, en 1562, en réaction à l’iconoclasme. On réaffirme la valeur des images : "L’honneur qu’on leur témoigne est rendu aux archétypes qu’elles représentent".

 

II. Les événements militaires :

A. L’offensive protestante :

Condé s’est emparé d’Orléans le 2 avril 1562, puis toutes les villes de la vallée de la Loire tombent peu à peu en avril. Ensuite, passent aux mains des protestants la Saintonge et le Poitou : Poitiers est prise le 21 avril. Vient ensuite la prise de la Normandie.

Ensuite, l’avancée huguenote est stoppée : ils échouent à Bordeaux, Toulouse ; après quoi certaines villes sont reprises par les catholiques, comme Poitiers, le 1er août.

Cavaliers allemands et aide anglaise aident les protestants. Importance de l’aide étrangère. L’Espagne envoie argent et troupes aux catholiques.

 

B. La réaction catholique :

- Siège de Rouen :

Rouen est prise en avril 1562 par les protestants. Les catholiques envoient alors l’armée royale (30 000 hommes), commandée par Antoine de Bourbon, elle arrive en septembre devant Rouen, qui tombe le 26 octobre. Antoine de Bourbon est alors blessé, il meurt de l’infection de sa blessure le 17 novembre 1562.

- Bataille de Dreux (15 décembre 1562) :

C’est la première des grandes batailles rangées des guerres civiles. Elle est spectaculaire car c’est le première fois que se trouvaient face à face des protestants et des catholiques de la même famille. Condé a 13 000 hommes, face aux 20 000 du connétable de Montmorency. Les deux camps ont prétendu avoir gagné. Les deux chefs sont faits prisonniers. Après cette bataille, les catholiques s’attaquent à Orléans.

- Orléans :

Arrivée catholique en 1563. Retournement spectaculaire de la situation : le duc de Guise est assassiné par un gentilhomme protestant : Poltrot de Méré. Cela stoppe l’attaque catholique.

 

Conclusion : L’édit de pacification, il est singé à Amboise, le 19 mars 1563. Avant, le royaume était sous le régime de l’édit de Janvier. Ici, la tolérance est plus restrictive : le culte réformé est autorisé dans 3 endroits : dans les faubourgs d’une ville par bailliage, sauf Paris ; dans les villes où il était célébré avant mars 1563 : c’est le culte de possession ; dans les maisons des seigneurs hauts justiciers : c’est le culte de fief.

Ce compromis va se révéler assez durable, dans la mesure où les principaux chefs catholiques : Antoine de Bourbon, le Maréchal de Saint André et Guise, sont morts. C’est un petit répit.

par Les L3 d'histoire de poitiers publié dans : premier semestre
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