Jeudi 28 décembre 2006

LE CADRE PAROISSIAL ET LE CONTROLE CULTUREL

 

La PAROISSE est la plus petite cellule d’encadrement de la population (vient de « parochia » = assemblée). Au début du christianisme, la seule autorité religieuse est l’évêque, il réside en ville. A partir de la zone qu’il domine, il crée des unités pour décentraliser son action : la paroisse est une subdivision du diocèse. Elle est beaucoup plus uniforme.

 

 

LA PAROISSE, UNE CADRE TERRITORIAL, UNE CIRCONSCRIPTION SPATIALE

 

« Paroisse » n’a pas la définition actuelle (débat entre médiévistes), elle désigne à cette époque une église majeure. Les sources sont les « pouillés » et les « censuales », des registres dans lesquels sont consignés les revenus et les possessions des évêques. Ce sont des registres épiscopaux. Quand un évêque rentre en fonction, il fait un inventaire des paroisses. Cela débute à partir du XI°, dans le nord du Portugal.

 

La paroisse se distingue par la présence d’une église publique sous autorité de l’évêque. C’est seulement en ce lieu que l’on peut pratiquer les baptêmes. Ce sont des lieux qui servent de cimetières. Elles centralisent la perception de la dîme.

 

Les chapelles sont des lieux de culte privées. « oraculum » le lieu où l’on prie. Les chapelles sont fondées par des gens qui en ont les moyens. On peut y célébrer la messe et on y enterre les familles fondatrices. C’est « le droit de patronage », même les églises publiques ont été financées par des particuliers. Soit pour eux-mêmes, soit pour obtenir un certain nombre de droits, et le bâtiment reste sous la propriété de celui qui l’a fondé. « le patron » est aussi celui qui a le droit de percevoir une partie de la dîme et des autres revenus ecclésiastiques.

 

Au X°, les paroisses sont dans les zones d’attraction d’une église publique, les fidèles se rendent plus dans les églises publiques. Ces ères sont mal définies, elles sont parfois très vastes. L’habitat est encore dispersé, il n’y a pas vraiment de centres. La religion est alors assurée par les chapelles, très nombreuses.

 

 

 

Le mouvement de l’incastellamento entraîne des phénomènes complexes. Certaines chapelles deviennent paroisses (chef lieu religieux), il y a des création de paroisse tout en laissant de l’activité aux anciennes chapelles pour les grands moments religieux…

 

Entre les XI° et XIV°, le mouvement de l’incastellamento parvient à faire correspondre la paroisse et le village groupé : c’est à ce moment là que la paroisse devient un territoire. La paroisse s’est moulée dans les villages, elle n’est pas forcément ancienne. La règle veut qu’il doit y avoir une église principale à moins d’une heure marche. Souvent, le réseau paroissial est plus dense, à environ 10 Km. Dans certaines régions, l’habitat est resté dispersé, il n’y a toujours pas de centres. Il y a aussi des rivalités entre hameaux et villages choisis pour exercer l’autorité paroissiale. Pour obtenir leur indépendance, ils demandent à créer leur propre église paroissiale.

 

 

 

CADRE POLITIQUE ET CULTUREL

 

La seigneurie ecclésiastique a une influence beaucoup plus forte que la seigneurie laïque.

 

 

A-   Le cadre communautaire

La construction des communauté a souvent une connotation religieuse. A partir des XII°/XIII°, les paysans sont attachés à la paroisse en temps que cadre. La paroisse est le principal lieu de regroupement, mais elle est aussi perçue comme un cadre d’oppression (pour le paiement de la dîme). Tout le monde s’y retrouve, cela crée un sentiment d’appartenance à un groupe. Ce sentiment est particulièrement fort là où l’Eglise assure la paix (paix de Dieu), important sur le plan psychologique. Le sentiment identitaire va très au delà de Dieu car l’Eglise a absorbé les rites de passage qu’elle a transformé en sacrement.

 

La paroisse assure aussi la continuité entre les vivants et les morts (cimetière et divin), elle punit aussi les déviants (leur crime est un péché qui attire la punition sur la communauté entière).

 

L’Eglise a une fonction de protection, le bâtiment lui-même est inviolable : les violences ne peuvent s’y exercer. Il y a autour de lui un périmètre sacré, « l’atrium ».

 

On s’y retrouve pour les cérémonies, mais aussi pour le rassemblement de l’assemblée communale (parfois pas de lieu assez grand que celui-ci), on y diffuse aussi les informations importantes. L’Eglise et le cimetière sont des lieux de rassemblements profanes : spectacles, jongleurs, marchés…

 

Les communautés rurales s’impliquent dans la gestion de l’église. Le prélèvement de la dîme force les communautés à s’organiser, c’est le seul impôt direct. Un certain nombre d’églises ont été fondées par les communautés elles-mêmes, pour cela ils ont du se regrouper (exemples en Catalogne). La communauté s’organise pour l’entretient du bâtiment (toit, chaises, bancs, objets liturgiques…), c’est la communauté qui paie. On a peu de documents mais on sait que cette action se nomme « opus ecclesiae ». Les élites sociales s’y font remarquer par leur apports de fonds financiers. Parfois, le conseil municipal parvient à s’emparer de cette gestion.

 

L’Eglise a aussi une fonction d’éducation, c’est elle qui communique l’essentiel des connaissances à travers les rites des sacrements (hors la portée est limitée car en latin).

 

 

 

B-    les canaux du contrôle culturel

La place de l’homme est plutôt négative dans la religion catholique : il est pêcheur et toute sa vie doit être consacrée au rachat de ses fautes. Cette conception donne toute sa force au clergé. Leurs rôle : l’INTERCESSION auprès de dieu pour le salut des hommes, par la prière des moines. Le salut peut être accordé par les actions des hommes eux-mêmes, par les œuvres notamment. Mais pour cela ils ont besoin d’être encadrés pour y arriver, grâce à la prise en main de tous les aspects de la vie.

 

 

Le clergé le plus en contact avec la population est le bas-clergé, les prêtres de paroisse. La Réforme Grégorienne (débute avec Léon IX, se poursuit avec Grégoire VII durant le XI°) est motivée en partie contre leur médiocrité, leur déficience au niveau de l’éducation de la population. Les seigneurs féodaux ont besoins d’un clergé soumis et pas trop intelligent.

Les fidèles ont une certaine familiarité avec le prêtre, il participe aux activités du village, mais il est tout de même exclu de la vie politique du village. Il ne peut siéger au conseil municipal. En revanche, il sert de médiateur et de représentant des paysans auprès des seigneurs.

 

 

Depuis la réforme grégorienne, il y a un effort pour améliorer la formation et les mœurs des clercs locaux. Mais mieux il est formé, plus il s’éloigne du milieu paysan : nouveaux vêtements, nouveaux discours, nouvelle façon de vivre. La différence se fait de plus en plus entre la foi populaire et la religion savante. La liturgie devient « mystère » on ne la comprend pas, le prêtre n’est plus proche des gens et la messe est obligatoirement en latin.

Depuis l’origine du christianisme, le haut-clergé se méfie du peuple et refuse les approfondissement théologiques au profit du RITUEL, de la participation aux cérémonies et de la pratique des sacrements sans explications, sans compréhension du peuple. Les fidèles ne connaissent que quelques prières (le Pater et l’Ave) et le credo.

En 1215 à lieu le grand concile réformateur, le IV° concile de Latran. Il impose aux fidèles la pratique de la confession annuelle. Cela développe l’introspection du fidèle et lui fait se demander sa vie est bien chrétienne. Les comportements sociaux ne sont pas bouleversés par cette pratique. L’aveu du pêché, pour les fidèles, doit donner le pardon : c’est un échange magique (j’avoue, tu pardonnes).

Les principales formes d’instruction religieuse viennent du SERMON, en langue vulgaire. Il est prononcé avant la messe. Elles viennent aussi de l’ornementation iconographique des églises. Il y a aussi, à partir du XII°, des interventions extérieures au clergé local :

-          action de l’évêque, il fait des visites pastorales, il réunit les prêtres locaux en synodes, il visite les paroisses. Sa présence est un marqueur de la mémoire populaire

-          représentations théâtrales, le théâtre religieux se développe en langue vulgaire

-          à partir du début du XIII°, l’inquisition pontificale (surtout en Languedoc), combat le catharisme

-          à partir du XIV°, les ordres mendiants (franciscains et dominicains) se développent, ce sont des ordres prédicateurs qui vont prêcher en milieu urbain. Ils permettent aussi un ordre moral rigoureux dans les campagnes.

-          Il existe aussi un contrôle social interne aux communautés

 

 

ACCULTURATION PAYSANNE ET CHRISTIANISME

A-   Sources et précautions méthodologiques

 

Les fidèles ont des exigence théologiques. Les milieux intellectuels et paysans s’opposent par le choix de l’oral ou de l’écrit pour la diffusion de la culture. Les cadres de leur éducation sont très différents. Pour les paysans, la religion est une éducation formelle, le reste de l’éducation se fait dans le cadre privé, familial, de père en fils et de mère en fille.

On manque de sources pour aborder la culture populaire. Elle s’exprime et peut se percevoir à travers les proverbes : il y a des recueils de proverbes à partir du XVI°. On se renseigne aussi avec l’onomastique (noms de personnes et de lieux). Le roman, lui, est porteur d’une idéologie aristocratique. Les paysans y apparaissent en opposition avec la culture des nobles, ils y montrent une vision simpliste du paysan qui n’a qu’une culture religieuse.

L’action du christianisme a en partie détruite la culture païenne. Le christianisme s’est développé comme un anti-paganisme : les fêtes profanes ont été remplacées par les fêtes religieuses (Noël, date païenne, on a construit des églises sur les anciens centres païens).

 

 

B-    Des éléments d’une culture paysanne

 

Cette culture religieuse a une base évangélique, elle revient toujours au christ, basée sur l’Ancien Testament, sur les Evangiles et leur commentaires effectués par le clergé. La population est fortement anti-cléricale, elle veut accéder au christianisme directement, sans leur intermédiaire. Elle remet en cause l’organisation temporelle de l’Eglise mais pas ses fondements religieux.

Il y a une nette opposition entre le clergé régulier et le clergé séculier. Le clergé régulier paraît plus proche de dieu, sans ces intermédiaires. Les hérésies ne nous sont connues que par les récits de ceux qui les ont condamnés. Les hérétiques expriment une forte demande religieuse, souvent fondamentaliste, c’est à dire refusant toutes les contraintes. Refus aussi du pouvoir et de la richesse du haut-clergé.

Parfois cela va plus loin sur le plan théologique, les hérésies sont parfois panthéistes, elles considèrent que dieu est partout, pas que dans les églises. Ils pensent aussi que les animaux ont une âme. D’autres sont dualistes, ils pensent que le monde est construit autour du bien et du mal, il y aurai un dieu du bien, dieu du mal. Pour le christianisme, le mal est juste un « accident de parcours », un sous-produit de dieu.

 

Une grande part du sacré échappe totalement au christianisme :

-          les rites agraires (ils datent d’avant l’Empire Romain), comme les feux de la Saint Jean ou le solstice d’été (manifestations païennes à la base)

-          la sorcellerie, pratiques magiques d’échange avec la divinité qui peut être dieu lui-même. Cela est assimilé à une hérésie. Cela est beaucoup fait par des femmes, s’explique par leur rapport à la fécondité. Le christianisme, lui, s’oppose au sacerdoce féminin

 

 

La culture paysanne n’est pas forcément sacrée. Il existe des éléments d’athéisme, d’absence de religion dans certains éléments de cette culture. Une bonne partie de la culture populaire est matérialiste : il y a donc un relatif insuccès de la culpabilisation des fidèles par le clergé. Il y a une certaine indifférence des fidèles, avant la Peste Noire.

L’immense majorité de l’art médiéval que l’on connaît est un art religieux. Mais il existe un art populaire dans l’ornementation des objets du quotidien pour la beauté, sans but intellectuel. Cet art naturaliste est en harmonie avec la nature, alors que pour les savants de l’époque, ce qui est beau « est bon ».

 

 

Conclusion : Pour les clercs, si le peuple est soumis à l’ordre social, ils en seront récompensés à leur mort : « les derniers seront les premiers ». Cette vision n’est pas appréciée du peuple qui revendique un bien-être sur Terre.

 

 

 

 

 

 

par Les L3 d'histoire de poitiers publié dans : premier semestre
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