Chapitre 2 : Histoire du libéralisme au XIX. Notes de cours.
Libéralisme et démocratie en Espagne (1833-1898)
Dans le cas de l’Espagne, il se pose des problèmes différents des autres pays européens.
Le problème qui se pause se pause à l’ensemble du monde hispanique. Ce problème est un problème de légitimité suite à un incident de 1808 avec l’invasion de la monarchie espagnole par les troupes napoléoniennes et le roi espagnole st fait prisonnier en France. Ce n’est pas une succession classique, là, le roi est absent. Tout le matériel politique espagnol bascule.
Le problème posé est alors dans le niveau de la légitimité du pouvoir avec une vacance de la monarchie ?
En dépit du retour du roi en 1814, la question reste posée. Les libéraux vont s’efforcer de remplir ce vide. Avec un autre fondement, celui du peuple. D’autres options politiques veulent aussi résoudre cette question. D’autres corps clame leurs souverainetés, un processus en cascade ou la légitimité retombe sur la société ou diverses communautés (cléricales et autres) vont de fait assurer la souveraineté politique et s’en revendiquer comme telle.
Le but des libéraux est de refonder une représentation politique plausible suite à la période 1808-1814. Mais ils échouent en grande partie contrairement à la France et la Grande-Bretagne. Des courants non libéraux continuent à être très puissant, alors qu’en France à partir de 1830 ils perdent de leurs influences.
On ne peut pas parler d’hégémonie du système libéral en Espagne.
I) L’héritage libéral du début du XIX° siècle.
A) Les origines de la révolution libérale hispanique.
1) L’impact de la Révolution française en Espagne.
Jusqu’en 1788, on a en Espagne une monarchie typique de celle des Lumière, le roi s’appelle Charles III et entreprend toutes sortes de réformes typiques des monarchies éclairées. Sa mort signifie le début d’un processus de crise politique. La crise commence donc dès 1788.
1789, la Révolution française précipite la dissolution de l’ancien régime. Sur un plan intérieur, la monarchie tente de se protéger de l’influence des idées révolutionnaires et sur le plan extérieur, elle se sent solidaire de Louis XVI et opposé à la France révolutionnaire. Et encore plus en 1792 quand la France entre en république. La mort de Louis XVI est d’autant plus choquante qu’ils sont aussi des bourbons. D’où la déclaration de guerre à la France en 1793 qui conduit à envahir une partie du sud de la France jusqu’à ce qu’en 1794, les français envahissent le nord de l’Espagne jusqu’au traité de Bale qui reconnaît à la France un certain nombre d’avantage, et en particulier le fait de pouvoir faire circuler des troupes en Espagne.
Cela affaiblit l’Espagne. La monarchie va être beaucoup plus prudente et tenter de trouver un équilibre. En réalité l’état et la couronne deviennent très dépendants de la France, surtout avec l’empire napoléonien.
Elle se décompose entre 1802 et 1808. Pourquoi ? Le roi Charles IV pratique cette politique d’équilibre avec une faible marge de main d’œuvre et pratique une politique d’alliance avec Napoléon. Napoléon y trouve aussi son intérêt avec le problème portugais.
Le fils de Charles IV s’offusque de cette alliance avec les Français et ce Ferdinand anime un parti anti-Français, et ces tentions ne cessent d’augmenter entre 1802 et 1808.
2) 1808 : Effondrement de l’Etat.
Conflit dynastique qui couve entre Charles IV et Ferdinand, et au mois de Mars 1808, Ferdinand renverse son père et devient Ferdinand VII. Cette position est fragile, il cherche des appuis pendant que 15 000 hommes Français sont dans le pays. Napoléon va donc convoquer le père et le fils à Bayonne au mois de mai 1808. Coup de théâtre, il oblige les deux à abdiquer, à céder leur couronne et de la remettre à Joseph, le frère de Napoléon, José I. Cela bouleverse la situation. Cette double abdication fait l’effet d’un coup de tonnerre dans la monarchie. Ferdinand VII est enfermé. La monarchie devient acéphale, le roi est prisonnier. José est rejeté par la population, se pause alors le problème, de qui à le pouvoir, avec quelle légitimité ? En Grande-Bretagne, la situation est différente, c’est un problème de vie politique qui débouchera aux USA, tout part en morceaux.
3) L’exemple joséphin.
José fait réunir à Bayonne même 150 dignitaires de la monarchie pour faire voter une constitution libérale. Avec des représentants de l’Amérique. Ils prêtent serment de fidélité à José. Cette constitution est imposée par les Français et pour toujours le libéralisme portera un sentiment d’extérieur au pays, et opposé au pays. Même si il y a des libéraux Espagnol.
Cette constitution est une charte, beaucoup dise que c’est une copie de la constitution Française de l’an 12, avec l’idée d’une monarchie forte. Il y a aussi des choses originales. Dans le libéralisme hispanique, il n’y a pas de liberté de culte, on est toujours dans un statut de confessionnalité de l’état, la religion catholique.
Ce texte développe pourtant des principes libéraux avec une forme de séparation des pouvoirs avec un Parlement, les cortes qui certes n’a pas d’initiative législative mais vote les budget. Le suffrage est censitaire, très limité et le pouvoir principal est l’exécutif du roi. Les ministres sont responsables devant le roi pas devant les cortes, on est loin du régime parlementaire. Cela introduit des éléments nouveau comme l’égalité juridique des sujets entre eux, cela, n’est valable que devant l’impôt. Il y a un libre accès à l’emploi public. Il n’y a pas de différence encore, entre le libéralisme politique et économique.
4) Le mouvement des Juntes : une légitimité populaire ?
Face à la nouvelle de la double application de Bayonne, la population se soulève. L’un des premier à lieu le 2 mai 1808 à Madrid. Ce qui se forme à Madrid et dans les grandes villes, il se forme des juntes de gouvernement, souvent issues des autorités municipales. Ce sont les corps d’ancien régime qui ont le pouvoir et mène le combat contre l’occupation Française. Ces juntes s’étendent très rapidement et marque le moment ou le pouvoir municipal se substitue à la monarchie alors vacante. C’est une sorte de souveraineté populaire. Le peuple assure la souveraineté du roi déchu. (Analogie entre pueblo et plueblos qui sont les cités d’ancien régime).
Pour les libéraux les deux termes sont identiques mais pour nous, il y a une ambiguïtés. Les juntes se fédèrent en septembre 1808 sur la pression des juntes locales. Cette junte centrale à l’air d’un gouvernement populaire, mais si le gouvernement de la monarchie existe encore. Il y a alors une concurrence entre la légitimité populaire et les restes du gouvernement monarchique.
Cette junte centrale à entre une vingtaine et une trentaine de membres. Cela fait beaucoup de pouvoir en Espagne, José I, l’état monarchique antérieur et los plueblos (juntes). Les juntes se sont surtout formées pour chasser les Français des villes.
Ce mouvement juntiste est intéressant. On y a longtemps vu l’essence même du pouvoir libéral, c’est une assimilation abusive. Se ne sont pas des libéraux mais un corps d’ancien régime, c’est un corps souverain municipal.
Ces corps souverains se sentent tous autonomes. Strictement hiérarchisée, inégalitaire, ou la valeur de la communauté l’emporte toujours sur la valeur individuelle. Et tous ces corps souverains sont reliés par un lien personnel au roi.
C’est donc pratiquement l’inverse du libéralisme.
Le libéralisme étant une association librement consentit d’individus. Et ces individus sont strictement égaux entre eux. Les liens sont horizontaux. C’est l’idée du contrat social, contractualiste. Dans les juntes, ce sont les corps d’ancien régime qui résistent.
B) Les cortes de Cadix. 1) La décision de convoquer des Cortes.
On a une junte centrale a coté de Madrid, devant la pression napoléonienne, elle ne cesse de reculer vers le sud, jusqu’à se réfugier à l’extrême sud du pays dans un port militaire, celui de Cadix. Sur elle repose la légitimité des différentes juntes. Celle-ci se sent dépositaire en l’absence du roi du pouvoir légitime. Elle va convoquer les cortes, les états généraux, au mois de mai 1809. C’est dans la logique d’ancien régime. Mais elles ont un mal fou à se réunir.
Dans ces cortes de Cadix de septembre 1810, il y a 99 députés dont 26 viennent d’Amérique. La première réunion à lieu le 24 septembre 1810.
On organise tant bien que mal des élections par cités.
2) Le pactum.
La théorie du pactum. Au début, on proclame la fidélité à Ferdinand VII, on affirme qu’on déteste José en déclarant sa déchéance, qu’en l’absence de Ferdinand, ils sont la souveraineté. Les discutions sont très dures, avec deux tendance, l’une libérale qui veut transformer les cortes en assemblée nationale constituante qui accouche d’un texte. L’autre plus traditionnel, considère cette réunion comme des états généraux d’ancien régime qui veulent maintenir le pouvoir jusqu’au retour du roi. Débat très dure provoqué par l’absence du roi.
C’est le pactum qui va permettre de passer d’une assemblée d’ancien régime à une assemblée constituante.
Cette vieille théorie vient du XVI comme quoi la monarchie serait l’émanence d’un pacte ancien entre le roi et son peuple et que vu que le roi n’est pas là, le peuple doit prendre le relais en se réunissant en assemblée nationale.
À partir de là, on à affaire à une assemblée nationale. Sera alors rédigée et promulguée en 1812, la constitution de Cadix. Elle sera un horizon de référence pour énormément de mouvement libéraux dans toute l’Europe.
3) Originalité de ce libéralisme hispanique.
A chaque révolution, on revient à la constitution de Cadix symbole intangible des libéraux.
Cette constitution, jalonne les principes de la souveraineté nationale, les cortes sont donc une assemblée nationale constituante. Ce texte n’est pas dirigé contre Ferdinand VII mais contre José I.
La nation est alors définie comme Espagnol de tous les hémisphères comprenant ainsi l’Amérique. Il y a la séparation des pouvoirs, l’exécutif pour le roi, le législatif pour les cortes.
On commence à démanteler les justices féodales et droit seigneuriaux d’ancien régime. On abolie aussi l’inquisition. On met en place une forme d’administration moderne, relativement uniformisée, par exemple, on découpe les régions en provinces elles-mêmes gouvernées par un chef politique lui même assisté d’une assemblée provinciale que l’on appel la deputacion.
Le libéralisme économique est fortement annoncé. On parle aussi de réforme agraire qui ne sera jamais appliquée. On supprime les corporations de métiers et on déclare la volonté de vendre les communaux non exploités soulageant le poids de la dette.
La question religieuse est soulevée, le catholicisme est la religion d’état. Il n’y a pas de liberté de culte. Tout autre culte est dans la sphère privée. La constitution est écrite « au nom de Dieu », cela marque la différence d’avec le libéralisme français. Ce principe est immuable et défendu par la nation souveraine.
Il n’y a pas de volonté de rupture politique comme cela est le cas en France.
C) Restauration et révolution libérale (1814-1826).
1) La restauration de 1814.
Suite à la défaite Napoléonienne, Ferdinand VII est libéré et revient le 11 mai 1814 et aboli les cortes de Cadix et toute la législation qui va avec. Annulant ainsi la constitution de 1812. Il revient pour remettre en place la monarchie absolue.
C’est la Restauration. Il entreprend la négation de toute couleur gaditane (œuvre de cadix). Il fait abattre tous les symboles de la constitution et l’assimile à José frère de Napoléon. Il dénonce des ruptures inacceptables et proclame le retour à la monarchie absolue. Il n’admet aucune liberté possible réinstaurant l’inquisition et promet de réunir à l’avenir des cortes version ancien régime, qu’il ne convoquera d’ailleurs jamais.
Cette attitude particulièrement intransigeante va changer les choses. Pour les libéraux, la période 1814-1820 est rude. D’autant plus que les principes du libéralisme n’ont pas vraiment pris dans la population, et la constitution de Cadix a assez mauvaise réputation. Il va falloir convaincre la population, ils vont donc s’organiser en petits groupes agités par le rêve d’une révolution. Beaucoup de libéraux sont des militaires.
C’est une minorité active politiquement assez radicale et prétendant soulever le peuple contre la monarchie absolue.
2) El Trieno liberal.
En 1820, une conspiration réussie et Ferdinand VII est obligé d’accepter la constitution de Cadix. Le roi est suspecté de vouloir lutter contre cette constitution. Constitution qu’il annulera en 1823.
En attendant, il y a un retour aux libertés, économique, droit de propriété, ré abolition de l’inquisition, du régime seigneurial, re-division territoriale, mise en place d’un code civil, militaire…
Ferdinand peut compter sur son frère Charles. Il est le représentant d’un libéralisme absolu par rapport à Charles.
Les partisans de Charles, les carlistes, pensent que le roi est séquestré par la constitution. Ils deviennent à partir de Juillet 1822 des contre révolutionnaire ou l’on trouve une grande masse du clergé espagnol.
En 1820, les révolutionnaires avaient promulgué une loi de désamortissement. À savoir que les biens d’église sont des bien nationaux, cela date de février 1820 et explique le fait que le clergé soit devenu carliste. Il y a alors un noyau contre-révolutionnaire. Il va en appelé à la justice de la Sainte Alliance de Meternich au congrès de Vérone en 1823, ou i lest décidé de lever une armée pour remettre Ferdinand VII sur son rôle de monarque absolue. C’est l’expédition des 100000 fils de Saint Louis. C’est la fin de la révolution libérale et le début d’une seconde restauration entre 1823-1832 (mort de Ferdinand VII).
3) Entre réforme et rupture : la seconde restauration de Ferdinand VII (1823-1823).
C’est ce que les libéraux appellent la décennie abominable. Beaucoup furent exécutés. Ferdinand VII sait qu’il faut réformer la monarchie mais plutôt de laisser faire, il réforme la monarchie par le haut en entreprenant en 1826 une très timide réforme. Il crée le conseil des ministres, un Conseil d’État…
Face a se timide tournant, les carlistes s’insurgent, il n’accepte pas cette modération. En 1827 éclate la révolte carliste, la révolte des Mal-contents. Attestant la naissance d’un mouvement carliste armé. Ferdinand VII a alors peur de son frère. Il tend à se rapprocher du libéralisme. De leur côté, les libéraux tirent aussi des leçons de leur échec. Ils abandonnent leur activité conspiratrice et réfléchissent à un compromis avec Ferdinand VII. Rapprochement plutôt lent entre 1826 et 1830. Ils abandonnent leur utopie insurrectionnelle. Cela va mener à la révolution libérale.
II) La révolution libérale (1830-1843).
A) La transition libérale pactisée : 1830-1834.
1) Un problème de succession.
En 1830, le régime est tiraillé sur sa droite par le carlisme et sur sa gauche des libéraux. Le pouvoir est tenté par une évolution réformatrice. La question de la succession de Ferdinand VII est une pomme de discorde. Sans descendance, le pouvoir irait à son frère, mais il ne le veut pas.
En 1829, le roi perd son épouse et épouse une jeune femme de Naples, Maris Christine, elle devient l’espoir de Ferdinand VII. Curieusement, il y avait en 1789 une réunion des cortes qui avaient émis l’hypothèse d’une succession aux filles… Mais il a annulé toutes les lois.
Il prend des précautions et fait publier en mars 1830, la pragmatique sanction. C’est un texte qui autorise une succession féminine de la couronne d’Espagne. En octobre 1830, c’est une jeune fille qui naît, le suivant sera aussi une fille.
La question va se nouer dans les années 1830-1832, les carlistes vont trouver insupportable la pragmatique sanction.
On organise la défense des droits d’Isabelle. Les seules à pouvoir la défendre, ce sont les libéraux.
En 1832, le roi fait nommer un Premier ministre (Cae Bernudez), pas libéral mais tendant la main aux libéraux. Il organise la régence de Maris Christine qui va durer jusqu’en 1843, jusqu’à ce qu’Isabelle est 13 ans. On fait revenir tous les libéraux. On prévoit la convocation de cortes pour que le roi jure fidélité de toutes les lois particulière des fueros.
Septembre 1823, mort de Ferdinand VII, la régence commence et doit allé en principe jusqu’en 1843 mais elle sera renversée avant.
Qu’elle va être l’attitude des carlistes ? celle de la guerre civile, pendant 7ans ; il y en aura trois.
On n’est toujours pas dans du libéralisme, les structures de pouvoirs de l’ancien régime n’ont toujours pas l ‘intention de bouger. Les libéraux vont-il l’accepter ?
2) Le renouveau du libéralisme.
A cette époque, on voit au début des années 30 se former des groupes libéraux puissants, inspiré par les britanniques et les français. Ils vont donner les bases d'un libéralisme modéré.
Qui sont ils? Des grandes figures intellectuelles et politiques, comme Alcala Galiano. Se sont eux qui formulent un véritable consensus autour de l'obtention d'une constitution et la proclamation et le respect des libertés fondamentales des individus.
L'ateneo de Madrid, c'est un cercle de discutions célèbre qui s'oppose au milieu de la cour, tenant de l'immobilisme politique.
En vérité, ces libéraux ont de l'influence, y compris à la cour. Cae Bernudez est un tenant de l'immobiliste et les tenant de « l'évolution libéral » se retrouvent derrière Javier de Burgos, il souhaite une division de l'Espagne en province sur un modèle centraliste à la française, la disparition des corporations, la liberté d'entreprise...
A cette époque pas de différence entre le politique et l'économique.
Les libéraux font pression sur la cour dans le sens d'une libéralisation. Ce qui va changer la donne c'est qu'à partir du 2 novembre 1833, c'est le début de la guerre civile enclenchée par les carlistes. La situation fait qu'on doit choisir son camp. Les officiers poussent du côté du libéralisme, donnant lieu a des mouvements dangereux pour la régente avec une tentative de coup d'êtat. On s'achemine petit à petit vers un processus de libéralisation, par transition pactisé. La régente renvoie son Premier ministre en janvier 1834 et nomme un proche des libéraux, Martinez de la Rosa.
3) Le statut Royal de 1834.
(voir plaquette page 1). Ce statut est une charte, octroyée par la régente à son peuple. Pour les libéraux, elle a le sens d'une loi constitutionnelle. Sous la pression des carlistes, la régente s'appuie sur sa gauche. Ce texte est bref, 50 articles, pour ne pas trop en dire, il édicte un certain nombre de principes généraux. L'influence de la charte de 1830 est évidente. Le principal rédacteur est le Premier ministre.
Ce texte prévoit la réunion des cortes, mais on ne veut pas se laisser déborder comme auparavant et cela se fait dans un cadre assez rigide. Il est prévu qu'il soit constitué de deux chambres. Elles n'ont pas de pouvoir législatif, mais n'ont qu'un droit de pétition et le vote de l'impôt. C'est une assemblée consultative. La loi pour être en vigueur doit être signé par le monarque. Les députés sont élus au suffrage censitaire, le corps électoral c'est 16000 personnes soit 0,15% de la population.
L'autre chambre, celle des paires est composée de membre héréditaire (noblesse) soit nommé par le roi.
Les cortes se sont réunies le 20 mai 1834. Leur composition reflète les dispositions du statut. 104 paires et 188 députés. Sur ces 300 personnes, plus de la moitié sont des propriétaires terriens et plus d'une 50 sont des employés publiques ou des militaires, il n'y a que 5 ecclésiastiques et 1/3 a déjà exercé des fonctions politiques. A l'intérieur de se groupe existe un noyaux dure libéral, qui sont les tenant de la liberté de la presse mais aussi de milice populaire, pour la reconnaissance de la souveraineté populaire, et le désamortissement des biens d'église. Un grand personnage, comme Argüelles.
Au total, le régime a choisi un compromis avec les libéraux, a mis chemin entre les cortes d'ancien régime et le libéralisme. Mais le contexte de la guerre civile et les progrès des carlistes fait éclaté ce fragile compromis et fait penché la tendance vers les libéraux.
B) La révolution libérale de 1836.
1) L'échec de la solution pactisée.
Ce sont les revers essuyés par l'armée qui oblige le premier ministre à démissionner en juin 1835.
La chute pendant l'été 1835 s'explique par le fait qu'il se forme un peu partout des juntes révolutionnaires. Avec des insurrections populaires, urbaines accompagné d'une situation de misère économique et de choléra, notamment à Cadix et Madrid.
On assassine, on brûle les églises. C'est un libéralisme radical et populaire qui s'étend sur tout le pays. C'est a Barcelone que l'expression y est la plus violente, anti-ecclésiastique, et se mêle au premier mouvement luddiste (brûle les machines). Ce mouvement crée des milices armées, cela forme un mouvement révolutionnaire global doublant les autorisées locales et se constitues en une grande junte centrale comme en 1808 et 1820 qui naît à la fin de l'été.
La régente est obligée de céder et d'accepter les revendications juntistes. Respect des libertés, levé massive pour combattre le carlisme, interdiction du clergé régulier, nouvelle loi électorale plus large.
La régente recule et en septembre 1835, elle nomme un nouveau Premier ministre franchement libéral, Juan Albarez MENDIZABAL.
2) Un train de mesures libérales.
Il a une approche « utilistariste ». Trois types de mesures fondamentales :
- Budgétaires, réorganisations des finances, négociant la dette, réorganisation de l'administration fiscale pour ré assainir le budget de l'état.
- Désamortissement des biens ecclésiastiques. C'est une manière de résoudre les problèmes budgétaires. Les couvents et les congrégations sont dissous et leurs bien vendus aux enchères.
- L'ordre confié aux milices nationales à qui on confie la police et on mobilise pour constituer une grande armée de 100 000 hommes pour mener la guerre à bien. Le problème, c'est celui de la conscription militaire, ou l'on peut acheter l'exemption, la condition du rachat, très bon pour le budget de l'état mais créant une véritable inégalité sociale. Ce qui explique que le courant juntiste ne désarme pas et la pression révolutionnaire continue, on souhaite le retour de la constitution de Cadix.
Cette pression continue force la régente à reculer lors de l'été 1836. Emprisonnant la régente, des officiers la force à signer le rétablissement de la constitution de 1812.
Cela signifie qu'il faut un nouveau texte, une constitution.
3) La Constitution de 1837.
Mendizabal est toujours au pouvoir, mais il recule. En 1837, nouvelle constitution au mois d'août.
C'est une constitution plus modeste mais reconnaissant le principe de la souveraineté nationale. Texte pragmatique assez proche de la charte de 1830 ou de la constitution Portugaise de 1826. Il y a des articles repris de la Déclaration universelle des droit de l'Homme de 1789.
Ses grands principes :
- Souveraineté nationale.
- Division des pouvoirs.
- Confessionnalité de l'État (catholique).
Plus concrètement, les cortes sont bicamérales (congrès/ sénat). Les attributions des deux chambres sont égales. Le congrès des députés est élu au suffrage censitaire plus élargi. Le corps électoral représente 2,2% de la population.
Le Sénat, il y a une liste d'électeur proposé à la régente et elle choisie entre les trois propositions, c'est de la « nomination élective ».
Est ce un régime parlementaire ? Pas tout à fait, le gouvernement doit être doté de la double confiance, celle du roi et celle du Parlement. C'est le régime de la double confiance. Le roi garde une très grande prééminence, il est à l'initiative des lois et à un droit de veto non discutable. C'est lui qui convoque et dissout les cortes, nomme les présidents et nommes les ministres.
La constitution prévoit que les autorités locales soient élue.
Quelques lois :
- Vote en juillet 1836 d'une loi d'instruction primaire, prévoyant l'obligation pour les communes de plus de 400 habitants l'établissement d'un édifice scolaire, c'est la loi dite du Duc de la Rivas.
- Libération de la propriété des mines. Elle était monopole du roi et là on peut acheter le sous-sol.
- Source de problème: c'est la loi du régime municipal. On réduit l'autonomie des municipalités. Toute la tradition de l'autonomie des cités d'ancien régime se trouve perturbée par une volonté de centralisation. Cela déclenche une nouvelle révolution.
4) L'ère des pronunciamentos.
a) la formation des partis.
Les libéraux se divisent en courant droite et gauche. A droite les modérés qu'on retrouve autour de Martinez de la Rosa, intégrant les fonctionnaires de la monarchie absolue ou les réformistes du début des années 30. Pour eux, la valeur politique suprême, c'est l'ordre et la liberté. Ils ne veulent pas des carlistes et du libéralisme radicale qui sonne avec révolution. Représentant les intérêts des propriétaires et des classes aisées. Vis-à-vis de l'église, ce sont des catholique convaincu d'un point de vue personnel, le désamortissement les gènes mais ils acceptent.
La gauche du libéralisme, ce sont les progressistes. On y retrouve Mendizabal, mais aussi Madoz. Ils sont beaucoup plus proches de l’avant-garde libéral européenne. Ils sont très accrochés à la constitution de 1837. Ils souhaitent l'élargissement du cens, l'autonomie municipale et proche des juntes. Ils souhaitent les libertés fondamentales (presse et culte). Économiquement, ce sont des libéraux. Leur base sociale est celle de fonctionnaires et d'élites méritocratiques. Ils défendent la tradition révolutionnaire espagnol. « la révolution nécessaire »Madoz. Ils n'ont pas abandonné la tentation de l'insurrectionnelle.
b) la prépondérance du pouvoir des militaires.
On est toujours dans une guerre civile qui n'en finit pas. Été 1835, Bilbao est libéré du siège carliste fait depuis 1833. Une expédition royale commence à l'emporter sur les carlistes. Le grand général qui est garant de ces victoires, c'est Espatero. C'est lui qui a la fin de la guerre va négocier le traité de paix, il a le traitement d'altesse royale. Cette paix, c'est le Convenio de Vergara d'août 1839. C'est lui qui inaugure une longue tradition d'interventionnisme militaire, mais de gauche.
Il s'impose à la vie politique et à la reine régente. C'est du césarisme politique.
En 1840, la régente signe la loi qui réduit les pouvoirs locaux. Elle rallume le mouvement juntiste révolutionnaire. Le général va profiter de ce mouvement pour s'imposer en envoyant Marie-Christine en exil, il devient le régent d'Espagne.
5) La régence d'Espartero (1840-1843).
a) La révolte de 1840.
On est dans la manifestation la plus évidente de l'interventionnisme militaire qui se manifestera jusqu'en 1875. Tous les changements de pouvoirs seront motivés par les pronunciamento des militaires.
Il se laisse porter au pouvoir grave à la vague populaire de l'été 1840.
Pour les juntes la main mise de l'état sur les municipalité est insupportable. Toujours les mêmes revendications. On rejette le centralisme étatique et les modérés. Ce double rejet explique le rôle primordial tenu par Barcelone, ou le pouvoir autonome est très puissant.
Les juntes se réfèrent au droit de désobéissance, de rébellion légale que le libéralisme de gauche avait élaboré.
Le général se met à la tête du pronunciamento, démissionnant de toutes ses charges militaires pour prendre la tête du mouvement révolutionnaire. La régente fait une deuxième erreur et confie a Espartero la constitution d'un nouveau gouvernement, avec la condition que pose Espartero de s'auto proclamer protecteur de la liberté et devenir régent.
b) Une régence temporaire.
Le pouvoir d'Espatero ne va pas duré longtemps. Puisqu'il y a une contradiction entre le libéralisme radical qui les a porté au pouvoir et la volonté de dissolution du mouvement juntiste. A partir de 1841, nouvelles révoltes contre Espatero à Barcelone a cause de l'ouverture douanière au produit français et britannique.
Son pouvoir s'effrite et sa majorité aux cortes n'est plus. Une coalition se forme au printemps 43 pour mettre Espartero dehors. En mai 1843, Isabelle 2 est majeure et la régence s'arrête là, et Isabelle prend le pouvoir jusqu'en 1868. La période se stabilise. Elle s'appuie sur l'ennemie d'Espartero, un libéral de droite, le général Narvarez. Il va gouverner l'Espagne pendant toutes les années 50 et 60.
III) La consolidation du libéralisme conservateur 1843-1868.
A) La décennie modérée et l'organisation de l'État libéral 1843-1854.
1) Narvarez au pouvoir.