Dimanche 18 février 2007
prise de notes lors du cours d'histoire antique
Le roi, l’économie et la société de l’Egypte Lagide

    C’est un pays qui a beaucoup de richesse, le roi a eu pour soucis de les développer, tout simplement pour enrichir la maison royale. Pour prélever la richesse de façon durable, il faut mettre en place un système d’exploitation. Ce que l’on peut appeler l’économie royale. Cette économie royale pose problème, est-ce qu’il y a une part d’improvisation dans ce système économique. Là encore se pose la question des sources, le nombre est plus important mais en même temps, ce sources viennent de deux régions identifiées : le Fayoum et le Delta. Peut-on généraliser leur fonctionnement à l’ensemble de l’Egypte.  Le système est-il cohérent ?

I  La terre d’Egypte et sa mise en valeur.

1) La chôra égyptienne et le statut des terres.

    Le pays tire sa richesse par le Nil et ses crues. Les hommes qui mettent en valeur la terre, son le vrai don du territoire. Il y avait en Egypte plusieurs statuts des terres. La terre royale, la Basiliké Gè, c’est l’essentiel de la terre, il y  vivait des paysans royaux, des Georgoi (ceux qui travaillent la terre) Basilikoi (royaux), il y a des esclaves, amenés par les Grecs, les paysans eux sont libres. Cette liberté est garantie par Ptolémée II, il sera interdit d’asservir le paysan pour dette. Si le paysan n’était pas esclave, il n’était pas pour autant propriétaire de sa terre, il devait payer sa terre au roi : l’ekphorion. On appelait ça la terre concédée, la terre clérouchique. Les greco-madcédoniens vont installer les colons sur les terres royales et pas sur les terrains religieux. Les clérouques ne payent pas de loyer, cela facilitait l’implantation.  En plus de la terres clérouchique, le roi prenait de vastes domaines qu’il pouvait attribuer en cadeaux, en Dôrea, à des artistes, des grands administrateurs, mais elle pouvait être reprise à tous moments, ce n’était pas tant la terre que les revenus que l’on donnait à ses amis. L’une d’elles était très célèbre : celle d’Apollonios, administrateur royal.
    Il y avait aussi les terres sacrées administrées par les temples, travaillé par les paysans  des temples, qui devaient eux aussi payer un impôt.
    La  Gé idiotiké, la terre particulière celle qui appartenait qu’a des particuliers, mais cela était très minime. Le paysan est en Egypte en homme libre, mais son statut n’est pas forcément enviable car ses conditions de vie sont globalement difficiles, parfois insupportables, par les corvées, la lourdeur des prélèvements.      
     
2) Les productions agricoles, traditions et innovations.

        La production agricole est dominée par le blé qui représente 50% des terres cultivées. L’Egypte est l’un des greniers à blé de la Méditerranée. Mais le pouvoir grec va apporter un certain nombre d’innovation, le but royal est de limiter les importations et favoriser les exportations, sorte de mercantilisme avant l’heure. Il faut que la production corresponde aux volontés de la population, population qui change avec l’arrivée des Grecs. On importe, on développe de la vigne suite à la demande locale. « Le Grec » aime aussi l’huile d’olive, on importe donc des oliviers, à cela s’ajoute de nouvelles cultures, figuiers, noyers…
    Un pays agricole, axé sur la céréaliculture mais aussi sur l’élevage, transport, cuir, viande et désormais pour la laine. Cela n’est pas forcément vrai pour l’ensemble du territoire mais elle concerne surtout le Fayoum, qui concentre les innovations en terme de culture.

3) La place du commerce et de l’artisanat.

    L’Egypte exporte déjà, mais pour exporter il faut des ports, des navires, les Grecs usent ainsi à fond de la ville d’Alexandrie, à travers Naucratis fondée à l’époque archaïque par les Grecs.
    Mais ce commerce ne concerne pas simplement le blé, il porte aussi sur l’artisanat de luxe produit en Egypte. Nous en avons un exemple dans les récits de procession des Ptolémaia, il y a une forte capacité de l’Egypte à produire des produits de grandes valeurs, qui participent à la richesse du pays.
    S’ajoute à cela la production et la commercialisation de l’huile et les brasseries qui sont des activités très importantes que l’on perçoit grâce aux documents officiels qui en traite régulièrement.
     
II L’encadrement des activités économiques par le pouvoir royal

1) Une politique de contrôle et de développement de la production.

    Il y a dès le IIIème siècle un soucis de développement de la production, il s’agit de l’augmenter en partie pour l’exporter, en partie pour le roi en tire un maximum de richesse. Cette politique d’augmentation repose sur la mise en valeur de nouvelles surfaces. On va peut toucher à la vallée et au delta car ils sont déjà bien mis en valeur, les bases sont solides, les structures sont en place de plus, les temples contrôle ces terres. Il va falloir développer des terres qui ne l’ont jamais été, irrigué de nouvelles terres par exemple.
    Il va y avoir des territoires de conquêtes agricoles. On assèche les marais du Fayoum pour étendre les surface, c’est une politique d’abord extensive. Mais on va aussi mettre en place une politique intensive, sur les terres des clérouques, politique d’assolement biennal et triennal, la politique de la double récolte de blé. Cela augmente largement les revenus du roi.
    On va faire des tentatives agronomiques, on expérimente, il y a des sortes de jardins pilotes, on teste certaines forme d’élevage…Les variétés indigènes sont donc améliorées, le froment (meilleure qualité, rendement plus important) se substitue au « blé du pharaon ».
    Le Fayoum est une dépression au sud-est de Memphis, longeant le Nil, avec un lac alimenté par le fleuve. Ce territoire à toujours intéressé  les pharaons, la surface du lac s’est réduite et ce depuis 1100 avant J-C. C’est une zone marécageuse, protégée par le Dieu Crocodile. Les gréco-macédoniens, s’en emparent, notamment grâce à l’action de Cléon et Théodotos, ingénieurs royaux, on assèche et on redistribue les terres aux clérouques. Un grand nombre de village sont créé, la toponymie témoigne de leur création grecque (Philadelphie, Té adelphie), se Nome, prend le nom du nome Arsinoite. La surface cultivable permet une double récolte, mais elle nécessite un entretient permanant des digues. La papyrus de Zénon avec le domaine d’Apollonios a un sens politique dans la redistribution, comme réserve de terres a attribuer ou a reprendre. Il s’agit de plus d’une vitrine devant les ambassades étrangères. On organise une visite dans le Fayoum pour montrer aux Ambassadeurs, l’importance du pays, montrer les éléments les plus symbolique de la puissance économique du royaume.

Cf : les papyrus de Zénon, Claude Orrieux.

2) Organisation et contrôle de la production de céréales.

    Le contrôle est permis grâce à un document le Diographé tou sporou, le Bordereau S’ensemencement. Ce bordereau est fixé en fonction de l’ampleur de la récolte suite à la crue, chaque village pouvait et devait estimer la production. Après cela il devait produire autant que prévu. Le paysans ne pouvait plus cultiver la surface qu’il voulait, il devait le faire en fonction du bordereau d’ensemencement. Le contrôle était draconien, il contraignait les paysans à respecter le bordereau. Cette culture est aussi très encadrée en aval, par les Sitologues, les agents de contrôle de la récolte de blé, ils assistent toutes les étapes de la production du blé. Pas un grain ne doit échapper au contrôle royal. Pour cela un faut prendre appui sur les relais locaux que sont les scribes, les notables, les chefs de village… Ces relais sont aussi a surveiller, ils sont entre les deux parties et ont tendances à vouloir s’enrichir sur le dos des paysans ce qui n’est pas bon pour le roi. Cette volonté de tirer le maximum de production est aussi visible par l’empressement à ramener le blé royal vers Alexandrie pour l’exportation. Cet encadrement ne se limite pas à cette production, il prend d’autres formes pour d’autres production.

3) Un encadrement royal fondé sur les monopoles.

    Un certain nombre d’activités sont gérées par le roi, ce n’est pas le cas des céréales (les temples en produisent). C’est pourtant le cas de l’huile, seul le roi à possibilité de cultiver et de vendre l’huile (dès Ptolémée II). Les pressoirs appartenaient à l’état, seul le roi avait le droit de commercialiser l’huile avec un prix fixer. Le cadre est purement gréco-macédonien, l’huile est indispensable au fonctionnement des cités, l’huile sert au gymnase, qui lui-même sert à la citoyenneté. Sans huile tout est remis en cause. L’encadrement est net, il sert à la continuité des revenus, à la stabilité des productions. Le monopole est donc pour le roi indispensable.
    S’ajoute à cela le monopole du sel, des salines, du fer (élément essentiel pour les armes), le lin, le papyrus (essentiel à l’administration), la bière…Ces monopoles existent dans les domaines importants, mais aussi dans d’autres types d’activité : les carrières (granit, schiste…), les mines de pierres précieuses (artisanat).
  Cette organisation est fondé sur le regard permanent des agents de contrôle dans un soucis royal d’organisation. Ce regard royal nous est connu grâce aux archives de Menkhès, basilicogrammate secrétaire royal, chargé de surveiller la nature des surfaces de son territoire.

III Une économie royale captatrice.

1) Le trésor royal, la banque et le système de la ferme.

    Ce sont les trois pilier du système économique, le trésor royal basilikon, à Alexandrie et des antennes fiscales les Thesauoi qui servaient à centraliser la production. Le trésor royal d’Alexandrie sous Ptolémée II renfermait plus de 700000 talents (le Parthénon a, en comparaison, coûté 1000 talents).
    Le réseau de banque royale, l’économie monétaire, innovation Lagide, permet de récolter plus facilement les prélèvements en espèce. Ce réseau de banque va permettre de développer l’économie Lagide. L’ensemble dus système reposait sur le principe de l’affermage, le fonctionnement de la ferme connu grâce au papyrus Revenue Laws. Il présente le fonctionnement de l’économie Lagide, la gestion des prélèvements. La structure est encore pré étatique. L’état n’a pas les moyens d’organiser toute la chaîne des prélèvements, on met la taxe donc en adjudication pour les nomes. On ouvre une période d’enchères royales, on propose de donner tant, sur la taxe sur le sel, celui qui remporte la place donne de l’argent à l’état puis essaye en vendant du sel de se rembourser au cours de l’année.
     Ce système de la ferme fonctionne pour toutes les taxes, les producteurs sont donc toujours lésés. Il permet la régularité des revenus, il est économique pour l’état, il est cependant source de tension sociale, car plus la part des fermiers est importante, plus les producteurs sont exploités, de plus les agents du fisc pouvaient être les fermiers, il y avait des alliances…

2) Les revenus de l’Etat Lagide et le contrôle de la monnaie

    Ces revenus étaient importants, ils reposaient, sur des listes de taxes, toutes sources de revenus de l’Etat Lagide. Pour un paysan travaillant sur la terre royale, les deux tiers de la production était ponctionné. Les prélèvements portaient donc sur la production agricole, le remboursement de la récolte. Tout n’allait pas à Alexandrie, mais aussi aux banques locales, l’utilisation de tous les moyens publics, médecins, thermes, navires, terres… Tout ne revenait pas à l’état, mais il ne s’agissait pas de création Lagide. La monnaie est aussi une source de revenu de l’Etat, la grande nouveauté de ces rois fut donc l’introduction de la monnaie d’or, d’argent et de bronze. L’or sert de prestige, de thésaurisation. La monnaie qui circule dans les échanges c’est l’argent. Les Lagides vont cependant se couper de l’unité monétaire commune aux Grecs, ils vont dévaluer leur monnaie.     Les marchands perdaient 17% en faveur du roi sur leur revenu. A la fin des transactions, il reperd de l’argent lors du change de départ.

Il y a donc continuité dans l’encadrement fiscal, mais il y a rationalisation fiscal, la nouveauté c’est l’économie monétaire, à la fois un moyen et une source de revenu.  

par Les L3 d'histoire de poitiers publié dans : histoire Grecque
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