prise de notes
Pouvoir Royal et idéologue monarchique en Egypte Lagide
Le pouvoir, mot souvent utilisé est une notion pourtant complexe. C’est la capacité à imposer ses décisions, sa volonté à transformer la réalité, sur un champ donné, sur un territoire. Tout pouvoir s’exerce sur un territoire réel ou fictif. Ce pouvoir s’assoie sur une légitimité, sinon il ne se maintient qu’avec violence. On retrouve les analyses de Max Weber, qui a montré qu’il fallait distingué pouvoir et violence. Distinguer le pouvoir traditionnel, le pouvoir charismatique fondé sur l’adhésion à un chef, le pouvoir légalo-rationnel (le vote), ces pouvoirs peuvent cependant se confondre.
Pour les Lagides, il s’agissait de mettre en place une armature de contrôle sur le territoire, une administration, un personnel, des fidèles, des relais, pour avoir une emprise concrète. Pour le pouvoir Lagide il y a deux matrices, le pouvoir macédonien, le pouvoir égyptien, les Lagides ont donc combiné les deux. Le contrôle s’effectue par les rois, Ptolémée Premier qui assure son pouvoir de 323-284, Ptolémée II Philadelphe (284-246) son fils, Ptolémée III Evergete de 246 à 221, Ptolémée IV 221 à 204, Ptolémée V 204-180. nous sommes alors dans la période de pleine affirmation du pouvoir, de maîtrise de la mer…A partir de Ptolémée IV, une remise en cause émerge, le pouvoir s’essouffle.
Comment la dynastie Lagide a su adapter durablement le pouvoir macédonien aux conditions locales de son exercice.
I Le pouvoir Lagide, un pouvoir macédonien en Egypte Dans le monde Hellénistique, le pouvoir est un combat, une lutte, celle-ci sert à le légitimer, c’est le patrimoine génétique de tout pouvoir à l’époque hellénistique.
1) Le droit de la conquête la construction du territoire Ce territoire il faut se l’approprier, Alexandre aurait jeté une lance sur le sol Asiatique, c’est le principe, Doriktetos Chôra, affirmer sa puissance par la conquête. Ce discours est très important dans le pouvoir Lagide, détournement de la dépouille d’Alexandre par Ptolémée, les processions Ptolémaia de 271. Alexandre à fondé la légitimité, s’inscrire dans la continuité assure la stabilité du pouvoir. La notion de victoire de conquête est aussi reprise par les Lagides, Ptolémée instrumentalise sa victoire sur Démétrios en 312 à Gaza, le pouvoir se doit d’être victorieux. Ptolémée II va remporter un certain nombre de victoires en Asie Mineure contre les Séleucides. Victoire dans la conquête mais victoire aussi dans la défense, dans la conservation du pouvoir. Se droit de la conquête est toujours en arrière fond, la nécessité de le conserver par la force sert la légitimité, ainsi en cas de défaites, on remet en cause la légitimité du pouvoir, Ptolémée VI aura à y faire face.
Mais cela ne suffit pas, pour le conserver dans la durabilité il faut l’appuyer sur d’autres ressorts.
2) Les qualités et attributs du souverain. Ses qualités sont celles qui s’expriment au combat, la vertu (aretè), le courage la bienveillance (eunoia), qu’il soit un bienfaiteur (euergesia évergétisme), la piété (eurebeia) à l’égard des Dieux. C’est ce qu’attendent les Grecs comme les Égyptiens d’un bon roi. Mais cette puissance il faut l’affirmé, iol n’y a pas de roi modeste dans l’antiquité, il faut étaler sa richesse (Truphé), faire preuve d’opulence (olbos), cela fait partie de l’expression nécessaire de l’adhésion du peuple. SI le roi est riche cela suppose une bonne gestion du territoire donc des qualités précédentes d’un souverain. Les Lagides construisent donc un ensemble de palais à Alexandrie, des jardins, des fontaines, la présence d’un musée consacré aux arts, d’un parc zoologique… Mais ces pratiques et ces comportements doivent s’incarner dans la mise en place de la dynastie.
3) La mise en place d’une dynastie et d’une cour. Au troisième siècle, il y a une véritable stabilité du pouvoir Lagide, les règnes sont longs. La volonté dynastique du mariage incestueux, pour conserver le pouvoir est établi. Cette évolution a choquée les contemporains car le mariage incestueux était proscris en Grèce, mais ils se sont appuyés sur les traditions égyptiennes. Il y a eu la volonté de la part d’Alexandre de mêler les traditions, Achéménides et Iraniens…Le pouvoir ne se partage pas, il doit toujours rester dans les mains des macédoniennes, la langue reste le grec (il ne parle pas l’égyptien). L’existence d’une cour autour du roi consiste non pas en une nouveauté mais en l’affirmation locale du pouvoir. L’installation des Philoi, les amis, l’entourage du roi, des philosophes, des artistes… Mais le caractère de la cour reste macédonien, les Lagides sont ainsi des rois en Égypte sans être des rois d’Égypte. Leur pouvoir royal, ils ne tiennent pas l’Egypte mais le territoire Egyptien. C’est un pouvoir personnel fondé sur l’autorité d’une famille plus que l’autorité d’un état, il n’y a pas de distinction entre la cour et l’administration les deux se superposent.
Le pouvoir garde les traits macédoniens ( la figure d’Alexandre) mais possède des innovations (mariage incestueux), convergence des idéologies et des traditions.
II Les instruments du pouvoir et l’encadrement du territoire.
1) Implantations et colonisations dans la chôra L’implantation pour assurer un pouvoir était déjà utilisée par Alexandre. Plusieurs formes d’appropriation de la terre, la terre royale, la terre de cités, la terre des temples, la terre sacrée. Le roi n’a pas la même prise sur les terres suivant leurs statuts, en revanche le roi dispose de la terre royale à sa guise. Alexandrie est déjà fondée, il fonde Pltomlémais, il faut attribuer des terres aux vétérans, il faut mettre en valeur les terres dans le Fayum. Sous le règne de Ptolémée II, le Fayum prend de l’importance, on le développe. On place des fidèles pour installer le pouvoir. Il y a un effort de quadrillage de mise en valeur du territoire par des populations macédoniennes par le pouvoir Lagide.
2) Le pouvoir et l’administration du territoire. Les habitants n’ont pas attendu les Macédoniens pour installer une administration, pour quadriller le territoire. Le pouvoir est autocratique, le roi n’est soumis à aucun contrôle, il est le législateur, le chef de l’armée, de l’administration, des finances et les sujets sont dépourvus de droit face à lui. Il fallait que ce pouvoir puisse s’exprimer. Au centre et au sommet à la fois : le roi et son entourage, source de toute légitimité.
Les principaux administrateurs sont des proches du roi, ils sont recrutés parmi les philoi, mais il y a plusieurs catégories, les somathophylaques, les gardes du corps du roi, ce lien presque charnel entre la personne royale et les principaux administrateurs. Ainsi sont-ils presque tous des greco-macédoniens, les Égyptiens sont assez rare pour y avoir laissé leur nom Senoucheri de Coptos (juriste). Le roi gouverne par sa seule volonté, il gouverne par sa cour, il gouverne en envoyant des documents à travers le royaume. Les Diagrammata, fixent la loi, le fonctionnement pour le reste de la population. L’administration financière et fiscale avec à sa tête le Diocète, on connaît particulièrement le diocète Apollonios, qui va exercer sa charge sous Ptolémée II. Il contrôle la planification des productions, l’ensemble de la branche financière du royaume. Ce n’est pas une innovation lagide, elle existait sous les pharaons avec les Psenti, ils n’ont fait que reprendre la structure administrative présente. En dessous du diocète, la fonction d’Eglogistès, le collecteur d’impôt. Le chancelier Royal, l’épistolographe, membre de la cour, souvent membre de l’entourage royal assurait le relais entre la cour et l’administration (par l’écrit).
La périphérie du pouvoir et ses nomes puis les topoi, puis les Komé (villages). A la tête de chaque nomes, il y a un stratège, associé à un nomarque (les impôts), basilikogrammate celui qui a pour fonction d’être le relais entre les administrations à l’échelle d’un nomes.
Au troisième siècle toutes les fonctions administratives sont exécutées par des greco-macédoniens, il faudra attendre le deuxième siècle pour les Egyptiens occupent un tiers des fonctions, mais les chefs de villages reste des Egyptiens, cela correspond à une volonté d’assurer le pouvoir pas les macédoniens.
Les rois Lagides ont voulu fonder un rapport en continuité avec les pharaons, les visites sur le territoire, le roi activé la structure de l’Egypte. Le sens de la personne royale est donc perceptible. Le roi échangeait, il recevait des enteuxeis, des revendications, des réclamations, formulées de manière normée, on venait se plaindre du mauvais fonctionnement de l’administration, des fonctionnaires. Cela servait de soupape politique pour le bon fonctionnement du pays. C’est une façon, des territoires difficiles à contrôler, de surveiller les pouvoirs. C’était aussi l’occasion d’afficher la richesse, l’opulence du pouvoir. Les bateaux du roi étaient très célèbre, c’était-là la marque de la puissance du roi sur ses territoires.
III Pouvoir royal, religion et société.Pour assurer son pouvoir, il fallait donner un discours aux indigènes.
1) Les Lagides et la tradition pharaonique : les rapports avec le clergé. Comment les rois ont pu tisser des liens avec le peuple ? il y a convergence entre la définition macédonienne de la royauté et des attentes des égyptiens. Quelqu’un qui défend de royaume, quelqu’un qui assure la prospérité du pays, quelqu’un qui fait preuve de piété. C’est cette convergence qui a permis aux Lagides leur installation.
Le rôle du clergé est important, les liens avec le clergé sont essentiels, les avoir contre soi, signifie une difficulté accrue pour l’installation. Ptolémée 1er s’allie avec les structures dominantes de la société égyptienne. Ptolémée a donc été reconnu comme pharaon légitime. Horus Jeune et vigoureux (maître) des deux déesses, grand en vaillance, Horus d’or, celui que son père a fait apparaître (en gloire), Roi d’haute et basse Égypte, puissance du Ka et de Rê, aimé d’Amon, fils de Rê Ptolémée. Le pharaon est l’incarnation de Dieu. Ptolémée 1er avait donné 50 talons d’or pour embaumer le taureau Apis, cela a favorisé son accession à la place de pharaon. Dès Ptolémée 1er, les Lagides ont mené une politique active de construction et de reconstruction de temples. Ils étaient bienveillants, mais ils tenaient aussi le bon ordre, le Pharaon était le gardien de la Maât, l’ordre cosmique, l’inverse du Chaos. Il y a de nombreux documents pour justifier ces bonnes relations entre le clergé et les Ptolémée. En 238, un traité de Canope reconnaît la puissance de Ptolémée, pour avoir évité la famine en ouvrant les greniers royaux. En 196, le Décret de Memphis (pierre de Rosette) montre que du point de vue de prêtres égyptiens, Ptolémée V est un pharaon comme les autres, garant du bien contre le mal. En contrepartie, on sait que les Lagides ont payé les prêtres facilement.
2) Le culte monarchique : un instrument de pouvoir. Cela va à l’encontre des traditions Grecques, il est scandaleux d’assimiler les divinités et les vivants, fussent-ils pharaons. Mais à l’intérieur même du monde grec, il y a eu une évolution, Alexandre, avait des caractéristiques divines. Les deux fonctionnements ne seraient donc pas contradictoires. Cela va être au contraire un élément de convergence, Ptolémée va lancer un culte d’Alexandre à Alexandrie une fois le tombeau sur place. Ptolémée place aussi sa famille dans la prêtrise égyptienne.
Ptolémée II instaure des fêtes qui ont lieux tous les quatre ans, les Ptolémaïa dès 279. La figure de Ptolémée est divinisée aux côtés des autres Dieux. Il va instaurer le culte de Dieux Adelphes, dieux frères et sœurs, Ptolémée II et Arsinoé, on divinise le couple royal. Ils sont dieux en tant que couple. On retient que cette divinisation par les rois eux-mêmes est acceptée et reproduite par les égyptiens eux-mêmes. A cela s’ajoute à partir de 270, le culte d’Arsinoé seule, il va être imposé à tous les temples, cela sera accepté sans problème. La pratique macédonienne est donc acceptée.
3) Le roi, les Grecs et les Egyptiens. Il faut, pour que le pouvoir soit durable, que les administratifs locaux soient bien accepter, il faut qu’il y est une vraie justice. Celui qui incarne la justice, c’est le roi, le Nomes empsychos, le pouvoir accepté en maintenant le droit et la primauté de la loi. C’est ce qui fonde les ordres royaux. En ce qui concerne le droit privé, on avait-là une société communautarisée, avec des droits selon chaque communauté. Les juifs, les égyptiens, les macédoniens, avaient leur lois. Le droit égyptien, c’est le droit du pays, le droit traditionnel, le droit coutumier. Pour les grecs, que l’on habite dans des cités ou dans des colonies de la Chôra, il y avait une justice grecque. Les juges pour les grecs, les dikastères, les juges pour les égyptiens, les Laocrites, pour trancher un sujet entre deux personnes de deux communautés différentes, les Chrématisres. Le pouvoir est profondément marqué par Alexandre et les traditions macédoniennes, sur le plan idéologique nous sommes dans la continuité mais aussi dans la rupture. Le pouvoir à su mettre en place de puissants moyens de contraintes, pouvoir durable qui devait adapter son discours aux pratiques et aux données culturelles de l’Égypte.
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